Littoral et aménagements

ENJEUX DU TERRITOIRE : L.K.P. ET S.A.R

Difficile de ne pas évoquer l’actualité récente. La plate-forme de revendication du collectif Liyannaj Kont Pwofitasyon (L.K.P) comporte un volet « Aménagement du Territoire et Infrastructures», ce qui nous incite tout naturellement à nous pencher sur ce document au travers du prisme de nos préoccupations.

Première approche, comment s’articule globalement le document dans lequel se retrouve le chapitre qui nous intéresse ? La plate-forme de revendications comporte dix titres, dont l’aménagement cité en huitième position, et  son découpage en domaine se veut thématique. Ce dernier recoupe celui des ministères qui pourraient être conduits à intervenir. Sous certaines têtes de sections figurent des dispositions éparses concernant les collectivités locales et des revendications appuyées sur des principes sociaux, éthiques, ou moraux.

Seconde interrogation, peut-on établir un ou plusieurs liens entre ce document, qui oscille entre le cahier de revendications et le projet sociétal, et le Schéma d’Aménagement Régional en cours de révision ? Pour ce faire, guère d’autres solutions que de reprendre le plus méthodiquement possible, son contenu

La section de la plate-forme intitulée « Aménagement du Territoire et Infrastructures » est scindée en trois parties : maîtrise foncière, développement équilibré du territoire et infrastructures. Le logement, détaché de ce chapitre, figure dans la partie 1 « niveau et conditions de vie ». D’autres options éparses, mais concernant l’aménagement, gagneraient pour ce qui concerne notre propos à être regroupées.

Le foncier constitue le socle de l’aménagement. La plate-forme pose comme base exclusive de la maîtrise foncière, la régulation du foncier agricole en fixant à 50.000 hectares sa surface incompressible. Le S.A.R pose le même principe et ajoute 14.000 hectares de « réserve foncière». La constitution d’un matelas foncier pour la construction des logements sociaux réclamés par ailleurs, n’est pas mentionnée. Le S.A.R évoque à ce sujet un besoin de 640 hectares. Ce type d’action foncière relève d’ailleurs du niveau communal ou peut être coordonné au sein d’une structure spécialisée au niveau régional.

La répartition urbaine posée par la plate-forme revendique un développement équilibré du territoire entre la Grande-Terre et la Basse-Terre et prône le renforcement des pôles secondaires complémentaires, la redynamisation des quartiers, des bourgs, des bassins de vie, des îles en double insularité. Autant de thèmes abordés ou développés dans le projet de S.A.R révisé. Cette unanimité n’a rien de surprenant, qui préconiserait le contraire ?

La rubrique des infrastructures retient trois orientations générales fortes: la dynamisation de l’habitat social ; le développement des réseaux de transport terrestre et maritime et l’arrêt du projet d’implantation du port en eaux profondes. Trois mentions, dont deux tirées du chapitre « conditions de vie », forment la politique d’accompagnement de la première de ces orientations : le recensement des besoins en logement, un vaste programme de construction de logements sociaux et intermédiaires et un plan quinquennal de résorption de l’habitat insalubre. Les deux premières orientations générales et leurs corollaires sont reprises dans le projet de S.AR révisé. Si le rejet du port en eau profonde concerne l’extension du port de Jarry, le texte du projet S.A.R ne tranche pas nettement. Il y a bien la matière à débat. D’autre part, les équipements contribuant à la cohésion sociale (établissements scolaires, crèches, équipements sportifs,..) sont mentionnés dans les deux documents, mais leur réalisation relève majoritairement du niveau communal.

Le volet environnement de l’aménagement du territoire de la plate-forme prend en compte  « la protection du patrimoine écologique (foret, mangrove,.. » ainsi que « l’eau » incluse dans la rubrique « Services publics » en mettant en avant la reconstruction des réseaux. Le projet de S.A.R révisé évoque très largement ces questions. Les préoccupations se rejoignent, y compris au niveau de l’évocation du chlordécone.

Le secteur de l’agriculture et celui de la pêche sont regroupés sous le chapitre « Production » de la plate-forme. L’orientation sur l’aménagement agricole est concentrée sur le « maintien et aménagement du foncier agricole (eau, V.R.D, ..) afin de créer des entités de production viables et en constante recherche d’autonomie) ». La pêche est abordée sous l’angle de la problématique de l’aménagement portuaire et de l’organisation de la filière. Les deux volets sont développés dans le projet de S.A.R révisé créant ainsi une communauté d’appréciations.

Le volet économique autre qu’agricole pouvant être traduit par des orientations d’aménagement du territoire est traité en négatif par des refus : arrêt d’implantation des stations services, des grandes surfaces, du circuit automobile « Vigie Gate ». De nombreuses dispositions pouvant être classées en tant que politiques d’accompagnement figurent cependant dans la plate-forme. Le projet S.A.R est prescriptif en matière de services, de commerce et de tourisme, ce dernier aspect n’étant d’ailleurs pas évoqué dans la plate-forme, et ne traite pas directement de l’économie, mais trace des pistes de développement par territoire.

Une plate-forme de revendications n’est par un schéma d’aménagement même si certaines options ont des conséquences directes sur l’occupation et la destination du sol. Trois regrets cependant, tout en ayant conscience de cette différence :

- Le premier concerne la difficulté à identifier clairement l’épine dorsale du projet du « stop pwofitasyon » qui n’est qu’effleurée dans son introduction (« […] moun wodibou ansanm avé moun badibou an chimen é kapab konstwi on sosyété néf […] » (Tous unis pour construire une société nouvelle). En effet, les concepts à la base d’une « sosyété néf » impactent obligatoirement l’organisation du territoire dans toutes ses composantes, y compris dans l’architecture urbaine.

- Le second a trait au fait que, dans le document, la dimension culturelle ne trouve pas de traduction dans l’aménagement territorial.

- Le dernier enfin, en guise de conclusion. Le mot « littoral » ou ses équivalents ne figurent nulle part dans une plate-forme qui concerne un archipel. Ce n’est nullement désespérant car l’intégration dans la réflexion de cette dimension essentielle de notre beau territoire se produira, mais il faut savoir patienter :

                                         « A pa menm jou fey tonbé an dlo y ka pouri… »

 

H. ARNOUX

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