Environnement Littoral

 L’archipel guadeloupéen : terre promise pour les tortues marines ?

Beaucoup l’ignorent. Mais sur les sept espèces de tortues marines présentes dans le monde, trois viennent, chaque année, se reproduire sur les plages de notre archipel entre mars et novembre.

Il s’agit de la tortue imbriquée (ou Karet), de la tortue verte et de la tortue luth.

Leur rituel de ponte est le même depuis des millions d’années. Au cours de la nuit, les femelles en âge de se reproduire reviennent sur leur plage de ponte (à partir de 20-30 ans), sortent de l’eau et se hissent sur le sable. En l’espace d’une à deux heures, elles vont creuser leur nid, y déposer une centaine d’œufs, reboucher le nid, le camoufler puis retourner à la mer. Au cours d’une saison de ponte, chaque femelle viendra pondre 3 à 4 fois sur la même plage à intervalles réguliers, puis reviendra 2 à 3 années après.

La zone où vient pondre une tortue s’appelle « un site de ponte » et se  compose de la bande sableuse ainsi que de l’ensemble de la végétation littorale.

Image 1: Tortue imbriquée en ponte

Image 2 : Nouveau-né regagnant la mer

Il faut compter deux mois d’incubation avant d’assister à l’éclosion des œufs et au cheminement des bébés vers la mer.

Les nouveau-nés vont s’aider des éléments naturels pour trouver le chemin ; en effet ils sont « programmés » pour s’orienter vers l’horizon le plus lumineux, en l’occurrence, la mer grâce aux reflets des astres. .

Aujourd’hui, l’occupation humaine du littoral engendre quelques pièges qui peuvent parfois s’avérer mortels pour l’orientation des tortues. Le piège principal est l’éclairage artificiel qui crée en arrière plage des zones très lumineuses occasionnant des désorientations. Les tortues peuvent ainsi se retrouver sur une route, un parking ou une pelouse. Si elles ne regagnent pas rapidement la mer le risque de mortalité est grand. Voire énorme.

Image 3 : Arrière plage de ponte éclairé = piège

Mais, heureusement, cette menace, dérangeante et mortelle, peut être réduite. En effet, aux abords des plages, il est important de limiter au maximum l’éclairage et d’enlever ceux qui sont « accessoires ». Si le site de ponte est important pour la survie de l’espèce il faudra même se résoudre à ne pas l’éclairer.

Dans certains cas, il est possible d’adapter l’éclairage pour limiter (limiter seulement mais c’est déjà ça) son impact. Les solutions préconisées sont :

- de limiter au maximum l’éclairage ;

- d’orienter l’éclairage côté terre, il est possible à l’aide d’un cache d’orienter la lumière sur des zones précises ;

- d’utiliser des sources lumineuses peu visibles par les tortues comme les lampes à vapeur de sodium basse pression ;

- d’éteindre les lumières une partie de la nuit ou pendant la saison des pontes ;

- de créer un écran limitant la pénétration de la lumière sur la plage (exemple création d’une bande de végétation dense composée d’essences locales) ;

Les nouveau-nés sont déjà naturellement soumis à une importante pression ainsi qu’à un environnement hostile (prédateurs, houle cyclonique,…) : sur 1000 œufs pondus 1 seul produira un adulte reproducteur. Il est donc important de ne pas leur mettre de nouvelles embûches sur leur route.

Par ailleurs, la particularité des tortues marines, comme beaucoup d’autres reptiles, est la détermination du sexe par la température. En effet, à 29°C le nid est composé de 50% de femelles et de 50% de mâle, au-dessus de cette température les femelles prédominent et en deçà ce sont les mâles. Cette caractéristique n’est pas anodine, elle met en évidence l’importance des zones fraîches sur la plage au niveau de la végétation dense et naturelle. Sans cette dernière la température est amplement supérieure à 29°C occasionnant une production quasi exclusive de femelles.

La végétation constitue donc un élément important permettant la survie des tortues marines, mais elle joue également d’autres rôles. Elle constitue le lieu de prédilection pour la ponte de la tortue imbriquée et de la tortue verte, elle est une barrière naturelle limitant la pénétration de la lumière et limite l’érosion de la plage.

Il convient donc de maintenir, voire de restaurer le cordon de végétation littorale sur tout ou partie des plages. En gérant les flux de circulation sur la plage et en mettant des enclos de re-génération, la végétation peut reconquérir l’espace en quelques années.

La circulation des véhicules sur les plages est à proscrire car en plus d’être  interdite par la loi,  elle dégrade le site de ponte, tasse le sable (empêchant les tortues de creuser) et casse les œufs. Plus infanticide, tu meurs !

Image 4 : Végétation littorale favorable à la préservation du site de ponte

Image 5 : Végétation non favorable aux tortues marines

Globalement, il convient de retenir que l’état des plages en Guadeloupe est moyen pour la préservation des tortues marines ; il importe de reconquérir ces espaces tout en prenant en compte l’occupation humaine. Sur chaque plage la gestion peut être combinée : une partie peut être restaurée pour l’accueil des tortues et une autre pour les plagistes. Certes, certaines « mauvaises » habitudes devront être abandonnées comme le fait de circuler en véhicule sur la plage et dans la végétation littorale. Cette réflexion doit se faire à l’échelle du territoire notamment pour une cohérence écologique et économique.

Image 4 : Végétation littorale favorable à la préservation du site de ponte

Image 5 : Végétation non favorable aux tortues marines

Globalement, il convient de retenir que l’état des plages en Guadeloupe est moyen pour la préservation des tortues marines ; il importe de reconquérir ces espaces tout en prenant en compte l’occupation humaine. Sur chaque plage la gestion peut être combinée : une partie peut être restaurée pour l’accueil des tortues et une autre pour les plagistes. Certes, certaines « mauvaises » habitudes devront être abandonnées comme le fait de circuler en véhicule sur la plage et dans la végétation littorale. Cette réflexion doit se faire à l’échelle du territoire notamment pour une cohérence écologique et économique.

Les tortues marines et leurs plages de pontes sont intégralement protégées par la loi. On protège efficacement une espèce quand on protége son habitat.

Depuis 10 ans les acteurs du Réseau Tortues Marines Guadeloupe, coordonné depuis 2009 par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, se mobilisent pour la sauvegarde de ces animaux menacés qui ont failli disparaître. Ce travail intense porte doucement ses fruits, les tortues sont un peu plus nombreuses ces dernières années comparativement au début des années 90, mais les effectifs restent faibles pour la survie des espèces à long terme (moins de 1000 pontes par an sur l’archipel).

Les efforts sont à poursuivre, notamment sur le littoral, afin que les bébés tortues nés en 2009 puissent dans 25 ans arpenter à leur tour nos magnifiques plages pour le plaisir de tous. En somme, qu’elles puissent revenir, non plus à la terre promise, mais sur LEUR terre.

Liens utiles :

http://www.tortuesmarinesguadeloupe.org

http://www.tortuesmarinesguadeloupe.org/downloads/9.%20Habitat%20terrestre%20des%20tortues%20marines.pdf (rapport complet sur la prise en compte des tortues marines dans l’aménagement littoral)

 

Eric DELCROIX – ONCFS –

Coordinateur du programme de conservation des tortues marines de Guadeloupe.

eric.delcroix@oncfs.gouv.fr / 0590 999 991

 

Eric DELCROIX

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