Acteurs du littoral
Emmanuel Lopez nous a quittés

Depuis plus de trente ans rempart discret des côtes françaises
contre l'urbanisation, Emmanuel Lopez, directeur du
Conservatoire du littoral, est mort d'un cancer à 61 ans, jeudi
10 septembre 2009. Sous sa houlette, l'institution a mis à
l'abri 113 000 hectares de paysages côtiers.
Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, il débute sa
carrière en 1971 à l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la
région parisienne. Mais une mission pour la Délégation à
l'aménagement du territoire (Datar) le conduit bientôt à
Rochefort, sur la côte atlantique, où va être créé le
Conservatoire du littoral, établissement public national dont
Emmanuel Lopez contribue à définir les contours et les missions.
" Il s'agissait alors de préserver des fenêtres de zones
naturelles et d'accès public sur une ligne littorale qui se
bétonnait et se privatisait rapidement ", racontait-il au Monde
en 2008.
Cette mission, Emmanuel Lopez la démarre en Corse, où il sera le
premier délégué régional du Conservatoire. Une terre a priori
rétive à cette ingérence de la puissance étatique, où le
Méditerranéen originaire d'Oran, en Algérie, va accomplir, selon
ses propres mots, " un petit miracle politique ".
" Comme tout le monde, je suis tombé amoureux fou de ce littoral
", avouait-il. Négociations, pédagogie et prudence : la méthode
se révèle payante. Plus de 10 000 hectares, représentant 20 % du
linéaire côtier de l'île, sont rachetés et protégés. Les élus
suivent. Les groupes nationalistes laissent faire. L'île de
Beauté devient la vitrine d'un Conservatoire du littoral qui
monte en puissance.
Directeur, de 1994 à 2004, du Parc national de Port-Cros, qu'il
contribue à redynamiser en portant sa fréquentation à 1,5
million de visiteurs annuels, Emmanuel Lopez a pu mesurer les
limites d'une politique qui consiste, sur les sites acquis par
le Conservatoire, à... ne rien faire. " C'était une vision naïve
", disait-il avec le recul.
Pour autant, pas question de les fermer. " Emmanuel Lopez
s'opposait à la conception naturaliste qui voulait faire du
littoral un sanctuaire, explique le président du Conservatoire,
Jérôme Bignon. Il avait une vision culturelle, humaniste, il
plaçait l'usage de la nature par l'homme au centre de sa
politique. C'est grâce à cela que les Français aiment le
Conservatoire : ils n'ont pas le sentiment d'en être exclus. "
Nommé à la tête du Conservatoire en 2004, Emmanuel Lopez mène
une ambitieuse politique qui transforme l'établissement public
en protecteur de la biodiversité, en aménageur de sites
touristiques et en agent économique. Après une grave crise
financière, le Conservatoire a obtenu, en 2005, des moyens
pérennes et renforcés. Il reçoit désormais le produit du droit
de francisation et de navigation des navires, une enveloppe de
plus de 35 millions d'euros qui a fait bondir son budget de 40
%.
Le directeur fait installer des parkings paysagers, des sentiers
balisés, des barrières qui protègent les zones sensibles. Des
milieux endommagés sont reconstitués, comme la lande de la
pointe du Raz et les dunes du Conquet, en Bretagne. L'activité
économique est encouragée sur les terres protégées, qui
accueillent pas moins de 800 éleveurs et agriculteurs.
On est loin de la simple conservation. De plus en plus loin
du littoral aussi : Emmanuel Lopez, estimant le Conservatoire
parvenu " à la maturité ", avait récemment commencé à
s'aventurer loin des côtes. En protégeant des territoires situés
en pleine mer, comme les îles Chausey et leur immense estran. Ou
des zones humides situées à l'intérieur du continent, dans la
Somme, par exemple. Avec une ambition : protéger, à l'horizon
2050, un domaine terrestre et maritime correspondant à un "
tiers sauvage " du littoral français.
Le Monde 19.09.2009
Généreux, loyal, drôle, intelligent, subtil, rêveur,
courageux, discret…, il faut beaucoup de qualificatifs pour
cerner une personnalité hors du commun habitée par
l’intelligence du coeur et de l’esprit. Homme deculture, il est
un des rares en France à avoir su conjuguer habilement culture
et nature. Il a voué sa vie à la nature, à la protection du
littoral et à la ville de Rochefort dont il a été conseiller
municipal. Il a toujours soutenu et encouragé l’action de la LPO
pendant près de trente ans.
Allain Bougrain-Dubourg (LPO)
Emmanuel, l’homme émerveillé s’en
est allé.Vous avez perdu un Directeur, vous et moi avons perdu
un ami. Emmanuel aimait les choses de la vie, il embrassait
l’humain de sa profonde humanité. Il aimait aussi la mer, sa
méditerranée, les constructions de Dieu, les constructions de
l’homme pour peu qu’elles soient de qualité. Au conservatoire,
il s’est tourné vers la mer, pour élargir et garantir la
pérennité de la mission, pionnier et prophète à la fois. Lorsque
l’on traverse la vie, il y a des gens …dont vous avez envie de
partager la vie pour la vie, Emmanuel était bien de ces derniers
dont on aime qu’ils marchent à vos côtés par amitié, par
fidélité.
Christophe LEFEBVRE (aires marines protégées)
« Au cours des missions que j’ai eu la chance de partager
avec Emmanuel dans chaque région de l’outre mer, j’ai apprécié
son charisme, son humanisme et la profondeur des valeurs qu’il a
su nous transmettre. Emmanuel restera dans nos cœurs, il
continuera à nous accompagner dans chacun de nos projets aux 4
coins de la planète. »
Marc DUNCOMBE (Délégué DOM du Conservatoire)
Nous gardons le souvenir d’un
homme merveilleux dont nous étions tous très fiers aux Antilles.
Toutes nos pensés vont vers ses enfants et sa famille. Nous
tâcherons de garder le cap et poursuivre ses ambitions pour le
Conservatoire.
Marie-Michèle MOREAU-Gérard BERRY des antennes de Martinique et
Guadeloupe
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Gérard BERRY |