L’aménagement
du littoral en question. Qu’est ce qu’un
littoral bien aménagé ? Cette interrogation
appelle autant de réponses qu’il y a
d’utilisateurs (osera t-on le mot
« consommateurs » ?) du littoral.
Pour ce qui nous concerne, Guadeloupe
littoral® n’a pas la prétention de répondre
à cette question. Tout au plus tenterons
nous d’apporter des éléments de réponse afin
que le lecteur puisse se faire sa propre
opinion.
Dans le même cadre, nous consacrons le
dossier de ce numéro à la Gestion
Intégrée des Zones Côtières (GIZC) ; ce
nouveau dispositif expérimental a vocation à
inscrire comme mode de réflexion dominant
l’idée que le littoral constitue une matière
première d’autant plus importante qu’elle
est un lieu privilégié du développement des
activité humaines.
Il convient donc de l’exploiter prudemment,
sans en risquer la destruction.
Ce nouveau mode de pensée préfigure
peut-être de ce qu’est un littoral bien
aménagé.
Les
dossiers du littoral
Le concept de développement durable appliqué au
littoral : la GIZC !
GIZC.
Cela ressemble presque aux gazouillis d’un nouveau-né. Presque.
Mais, le plus drôle, c’est qu’il s’agit bien de nouveau-né…
En effet, suite aux
décisions prises au Comité Interministériel d’Aménagement et de
Développement du Territoire en date du
14 septembre 2004, la Délégation à
l’Aménagement du Territoire (DATAR) et le Secrétariat Général de la
Mer ont lancé un
appel à projet GIZC (Gestion
Intégrée des Zones Côtières) le 11 janvier 2005.
Cet appel à projet était
destiné en priorité à des territoires revêtant une taille suffisante
pour, tout à la fois, englober la diversité des problématiques et
des enjeux liés au littoral, permettre la prise en compte des
évolutions à plus long terme et proposer un plan d’actions à court
et moyen terme.
Le but poursuivi, en
encourageant des réflexions et des expérimentations sur le terrain
autour de projets concrets, était de favoriser l’émergence de
pratiques, de méthodes, et d’outils adaptés aux enjeux spécifiques
et aux besoins des territoires littoraux terrestres et marins.
De fait, la Gestion
Intégrée des Zones Côtières constitue un processus expérimental,
dynamique et collectif destiné à privilégier le bon usage de la zone
côtière en réconciliant développement économique et bon état des
ressources écologiques, et en liant les questions économiques,
environnementales et sociales.
Il s’agit surtout de
s’engager dans un mécanisme de coordination des objectifs et des
actions, déclinés le cas échéant selon les spécificités de chaque
territoire.
Pour cela, il convient de
s’assurer de la participation de l’ensemble des acteurs vivant ou
oeuvrant sur le littoral et son périmètre d’influence (arrière-pays
compris). Dans cette optique, il importe de traiter la gestion du
littoral dans sa triple dimension : terre (hinterland), bande
côtière et mer. Cela conduit donc à développer une approche intégrée
(terre-mer et intersectorielle) et à mettre en œuvre sur des
périmètres adaptés à la gestion de la zone côtière des projets de
territoire élaborés en concertation avec l’ensemble des acteurs du
littoral.
Doté d’un budget
global de 1,5 M€, ce dispositif devait récompenser 25 lauréats, dont
chacun disposerait de 60 K€ afin de mener à bien son projet sur une
durée de 18 mois. Cette somme, assimilée à un fonds d’amorçage
devait constituer le préambule à l’abondement du projet par d’autres
budgets.
Localement, les
communes de Terre de Bas, de la Désirade ainsi que les municipalités
regroupées au sein de la communauté de Communes de Marie-Galante ont
répondu à l’appel à projet GIZC.
Sur les 49 projets
déposés et examinés, 25 ont été
retenus, dont… les trois projets
provenant de Guadeloupe.
Néanmoins, le Premier
Ministre a souhaité, en réponse à la candidature des trois
collectivités postulantes, qu’un programme global de Gestion
Intégrée des Zones Côtières soit mis en œuvre sur les territoires
concernés. De ce fait, il n’existe plus qu’un projet GIZC pour la
Guadeloupe qui, dans une logique de regroupement approuvée par la
DATAR, intègre désormais la commune de Terre de Haut.
Ce projet global s’est
vu attribué la somme de 100 K€.
Les élus des communes
concernées ont décidé de concrétiser leur engagement en signant une
Charte de Coopération se traduisant
dans une
convention partenariale décrivant
les objectifs à atteindre et les actions à engager pour ce faire.
Ces documents seront
signés le 7 décembre prochain par les maires des six communes
concernées ainsi que le Président de la communauté de communes de
Marie-Galante, à la Préfecture.
Le projet est suivi
localement par les élus et le Préfet ; le secrétariat et la
coordination est assuré par l’Agence des 50 pas géométriques.
A partir du 7
décembre, le projet GIZC sera officiellement lancé en Guadeloupe.
Rendez-vous est pris
dans 18 mois pour examiner le résultat obtenu.
A la recherche
d’un aménagement réussi sur le littoral guadeloupéen
Wanted !
Le lecteur nous pardonnera cet anglicisme, mais un aménagement
« réussi » du littoral guadeloupéen est recherché. Activement, voire
très activement recherché.
En effet, pour
certains, parler d’aménagement réussi sur le littoral guadeloupéen
semble relever d’une véritable gageure !
Avant toutes choses,
définissons ce qu’est un « aménagement » et plus largement
l’aménagement du territoire. La définition du dictionnaire (pour ne
pas faire de publicité, nous ne dirons pas de quel dictionnaire il
s’agit) est la suivante : « meilleure répartition dans un cadre
géographique, généralement national, des activités économiques, en
fonction des ressources naturelles et humaines ».
Ces aménagements se
font notamment par le biais d’équipements (construction
d’infrastructures, etc).
Le littoral
guadeloupéen dispose, selon cette définition, d’aménagements
réalisés de manière plus qu’honorables; à titre d’exemple, l’on peut
citer les front de mer du Moule et de Basse-Terre. Des activités
économiques pérennes se sont agglomérées autour de ces deux
ouvrages, les riverains ainsi que les résidents de la zone se sont
appropriés les lieux, etc.
Ces deux illustrations
présentent ce qu’il peut convenir d’appeler un aménagement réussi :
la réalisation d’infrastructures mettant en valeur un lieu donné, la
concertation avec les riverains, la valorisation socioéconomique de
l’espace, la sécurité. A ce jeu qui n’en est pas un, tout le monde y
gagne : la commune élargit son assiette fiscale et ses ressources,
les résidents participent à la valorisation des lieux, des activités
se créent, etc.
Ce sont ces critères
que privilégie l’Agence des 50 pas dans sa mission de valorisation
de la frange urbaine du littoral. Les différentes études, ainsi que
les travaux qu’elle met en place (bâti, socio-économie, réseaux,
urbanisme, …) ont pour unique objectif de valoriser de manière
concertée (en accord avec les communes et l’Etat) et durable (pour
la préservation des espaces au profit des générations futures) la
partie du territoire qui relève de sa compétence.
En somme l’aménagement
réussi est peut-être celui qui associe le plus large spectre de
participants, des décideurs aux « consommateurs »…
Du
côté du Conservatoire du littoral de Guadeloupe
Sites naturels protégés et
développement durable : aménagements réussis ?
Guadeloupe Littoral® a rencontré Gérard BERRY, délégué du Conservatoire du Littoral
en Guadeloupe afin de discuter des aménagements.
Extrait
Guadeloupe Littoral®:
Monsieur BERRY, parlez-nous des aménagements sur le littoral naturel.
Gérard BERRY :
L’archipel Guadeloupe, riche de la diversité de ses paysages, de ses
différents milieux, de ses intérêts multiples liés à la nature aux
supports ou aux traces de l’histoire, trouve une bonne part de son
développement économique dans le tourisme.
Tout support économique
génère une production basée sur la matière première. En l’occurrence,
la matière première est notre environnement, ce patrimoine naturel,
historique et culturel dont nous sommes fiers à juste titre, et que nous
nous efforçons de préserver, protéger, valoriser.
D’où ces nombreux
aménagements qui fleurissent sur nos sites, du fait des collectivités,
des institutions, des associations ou encore portés par des intérêts
privés. Alors il est temps de se poser la question : nos aménagements
sont ils réussis ?
Guadeloupe Littoral® :
Mais à quoi reconnaît-on un aménagement réussi ?
GB : A première vue, les
sites les plus connus sont « assez bien aménagés », même si l’entretien
et la maintenance laissent souvent à désirer.
Alors, pouvons-nous dire
qu’un aménagement réussi permet de protéger le site, par des moyens
juridiques, financiers, humains … tout en assurant un accueil de qualité
à des publics variés, en cultivant la curiosité et l’intérêt par une
animation pédagogique et touristique ? Assurant un juste équilibre entre
préservation du milieu et ouverture au public. Mettant en œuvre
plusieurs partenaires qui mettent ensemble leurs moyens afin de remplir
les nombreuses missions dévolues aux uns et aux autres, établissements
publics, collectivités, sociétés et associations, autour d’un projet qui
permet, avec l’adhésion de la population locale, de faire vivre le site.
Nous parlons de gestion
intégrée pour nos zones côtières. Elle doit être en adéquation avec la
volonté des habitants. Perspectives et espérances doivent tenir compte
des besoins identifiés, et appellent à la coopération de tous pour les
réaliser. Les notions de territoire s’imposent aujourd’hui en
accompagnement de la gestion durable. Le site bien aménagé doit être
créateur d’emploi et s’autofinancer au bout du compte !
Guadeloupe Littoral® :
Pouvez-vous être plus précis ?
GB : De nombreux sites
naturels sont aujourd’hui aménagés pour l’accueil du public, mais ne
bénéficient pas d’une gestion pérenne, et ne vivent pas pleinement. Ils
éprouveront toujours des difficultés pour la maintenance, l’entretien,
la protection, surtout que le financement n’est pas en place. Ce sont
généralement des sentiers, linéaires ou en boucle, aires d’accueil
endormies, sites parfois abandonnés aux herbes folles :
La plage de Grande
Anse à Trois-Rivières, le bain et la détente, la ponte des tortues
luth, qui pourrait être la base d’un pôle d’activité d’écotourisme,
Les falaises d’Anse-Bertrand
ou encore de Marie-Galante,
L’ensemble Morne
Morel-plage de Pompierre à Terre-de-Haut,
Le site de l’Anse à
l’Eau, à Saint-François,
Gros Morne et Grande
Anse à Deshaies
Anse Babin, plage,
pique-nique, mangrove et forêt marécageuse, pêche et visites du
Grand cul de sac…
La préservation et la
protection de nos sites naturels riment avec gestion, animation et
accueil du public.
Un schéma
d’interprétation pour la baie
du Grand Cul-de-Sac marin
LeGrand Cul-de-Sac marin : une vaste baie de plus de 15 000 hectares
dont 3 735 classés Réserve Naturelle et gérés par le Parc national de la
Guadeloupe.
C’est pour mettre en
valeur les richesses de cet espace
naturel mais aussi culturel, et en
faire reconnaître ainsi l’intérêt patrimonial, qu’une étude en vue
d’élaborer un schéma d’interprétation a été confiée aux cabinets Warichi
et L.A.N.M. 7.
Après de longs mois de
recherche, ce bureau d’étude vient d’achever son travail. Sa démarche
revêtait trois objectifs :
Retracer
l’histoire du Grand Cul-de-Sac marin, et présenter les
différentes facettes de sa dynamique économique, sociale, et
culturelle
Etablir une grille
de lecture de principaux savoirs liés à cette histoire
Définir la
thématique de ce schéma d’interprétation, et lister les sites
potentiels susceptibles de traduire cette thématique
Les investigations
réalisées aboutissent à un paradoxe apparent, ainsi décrit par les
auteurs de l’étude :
« Alors que la baie semble un
espace naturel apparemment immobile, l’observation séculaire des milieux
la constituant et leur évolution liée à l’action anthropique au cours du
dernier demi millénaire en font un espace de MOUVEMENT , synthèse de
plusieurs dynamiques. Nous proposons, à partir de l’ensemble de
celles-ci, d’établir le thème d’interprétation du Grand Cul-de-Sac marin
autour du MOUVEMENT. Mouvement sourd d’une baie qui, loin d’être un
simple espace naturel, est devenu un espace culturel construit à travers
les ans. »
C’est donc autour de ce
thème central que s’articule le plan proposé.
Entre la Pointe Allègre
(Sainte-Rose) à l’Ouest et la Pointe d’Antigue (Port-Louis) à l’Est,
douze « complexes » ou unités d’interprétation sont définies. Ces unités
permettent de décliner différents sous-thèmes et d’articuler une mise en
cohérence de l’ensemble :
Complexe 1 : Comté de
Lohéac – La Ramée
Complexe 2 : La Boucan
Complexe 3 : Prise
d’Eau
Complexe 4 : Blachon
Complexe 5 : Centrale
électrique de Baie-Mahault
Complexe 6 : Ilet à
Christophe
Complexe 7 : Canal de
Belle-Plaine
Complexe 8 : Canal
Perrin – Ilet-à-Fajou
Complexe 9 : Babin –
Ilet Macou
Complexe 10 : Canal
des Rotours
Complexe 11 :
Beautiran – Ravine Gaschet
Complexe 12 : Marais
de Port-Louis
Les sous-thèmes retenus
ont pour objet de mettre en lumière les savoirs et savoir-faire des
hommes de la baie :
la maîtrise de la
circulation maritime,
la maîtrise de l’eau,
l’aménagement du
littoral,
l’exploitation du
territoire
« Ilets, canaux, habitations,
pontons, fours-à-chaux, voies ferrées, forêts marécageuses, ravines,
ports, marais, usines, mangroves ou autres batteries… s’entrelaceront
alors en un tourbillon culturel et naturel dont la découverte et la mise
en valeur du sens inscriront cette baie dans une dynamique collective de
réappropriation et de restitution de son identité » écrit Jean Barfleur,
Directeur de l’Agence Warichi.
Les différents
gestionnaires de ce territoire de grande valeur que constitue le Grand
Cul-de-Sac marin disposent désormais d’un document de référence. On y
trouve un thème central, des sous-thèmes, des zones, et des lieux. Reste
à choisir les outils d’interprétation adéquats… et à trouver les
financements nécessaires à la mise en œuvre du projet.
L’aménagement de l’anse à Jacques : Le littoral
du Gosier
Le
littoral oriental du Gosier est constitué d’une succession de
falaises calcaires dans lesquelles viennent s’ouvrir de petites
anses comme celle de L’anse à Jacques, qui participent aux
attraits touristiques de la commune.
Enclave bien prononcée,
nappée de sable fin, L’anse à Jacques Voisine de la plage de
Petit Havre est régulièrement fréquentée pour son intérêt récréatif
et ses qualités de site balnéaire.
La végétation est
relativement peu dégradée. Elle est composée essentiellement d’un
tapis végétal bas à sporobole et patate bord de mer, quelques
fourrés à bois chandelle noir, bois cabri, puis une végétation
arbustive et arborescente composée de poiriers, gommiers rouge, bois
campêche, catalpas, raisinnier, cocotier... Elle subit toutefois,
l’influence néfaste de la circulation
des véhicules
(tassement de sol, mutilation des végétaux...).
Un
Statut particulier
L’anse à Jacques
a la particularité d’être en partie en F.D.L (forêt domaniale du
littoral) et dans la zone des 50 pas géométriques naturels,
propriété du conservatoire du littoral.
Le site classé « espace
littoral remarquable » au titre de l’article l-146-6 de la loi
littoral est entièrement géré par l’ONF.
Une
occupation illégale
Depuis de nombreuses
années un restaurant illicite y était installé. Cette occupation
avait transformé le caractère naturel et public de la plage dont la
périphérie est déjà largement marquée par une urbanisation de type
résidentielle qui limite son intérêt écologique et paysager en
arrière plan.
A la suite d’une longue
procédure judiciaire, le restaurant fut détruit le 8 juillet 2004.
L’ONF et le
conservatoire du littoral ont pu mettre en oeuvre un programme
d’aménagement en partenariat avec la commune du Gosier.
Un projet
d’aménagement concerte et une réappropriation des lieux
Le projet de
réhabilitation avait pour but de :
redonner au site
un caractère naturel
de montrer
l’action positive et efficace des services de l’état et des
établissements publics dans le cadre d’une procédure judiciaire
d’assurer l’
entretien du site et d’organiser l’accueil des visiteurs.
Les travaux ont
contribué à améliorer l’aspect paysager et ont facilité la maîtrise
de la fréquentation.
Le site est dorénavant
équipe :
d’un parking dont
le revêtement a été refait
de carbets et de
tables bancs
de barbecues
d’un enclos à
poubelles en bois
L’accès
des véhicules est limite par des blocs rocheux et quelques
plantations viennent agrémenter le site.
L’entretien est assuré
par la commune du Gosier qui a affecté un agent à temps plein pour
le nettoyage et l’animation du site.
Cet aménagement est
exemplaire car il associe différents partenaires autour d’un
enjeu majeur : la réappropriation et la réhabilitation d’un espace
naturel occupé illégalement ayant une vocation publique et
touristique.
La lettre
d'information Guadeloupe littoral® est un service gratuit réalisé par le Conservatoire du
littoral, l’agence des 50 pas géométrique de Guadeloupe, la
Safer de Guadeloupe, l’Office National des Forêts et le Parc National
de Guadeloupe.
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