Au
risque de reprendre ce que nous énoncions
déjà dans l’éditorial du précédent numéro,
il y a de la vie sur le littoral. Et cette
vie ne doit pas être réduite aux seuls
écosystèmes (végétaux ou animaux) recensés.
Le littoral fait partie intégrante de
l’œkoumène et à ce titre l’Homme y a (y
prend ?) toute sa place.
Les constructions, l’exploitation, mais
aussi la protection, la valorisation (et
cette liste est loin d’être exhaustive) sont
plus souvent que rarement les produits de la
main humaine.
Produits !, le mot est lâché ; le littoral
ne serait-il qu’une matière première
supplémentaire offerte par Dame Nature à la
race humaine pour se développer et assouvir
ses différents besoins (logement, loisirs,
etc)?
C’est à cette question que nous voudrions
répondre à travers ce numéro, en défrichant
différentes pistes de réflexions, portant
notamment sur l’existence d’une stratégie
économique dédiée au littoral.
Et peut-être, à l’issue de votre lecture,
vous vous direz : « que d’interrogations
pour un espace si réduit »!
Les
dossiers du littoral
Le littoral : en
quête d’une stratégie de développement économique?
Si je vous dis
« littoral », à quoi pensez-vous ? Sans réfléchir, alleeez… Les
idées de plages, la mer, voire une belle balade sur le rivage ne
vous viennent-elles pas à l’esprit ?
Bien. Maintenant, pour
corser les choses, si je vous demande quelles sont les activités
économiques liées au littoral, que répondez-vous ? Le tourisme,
peut-être la pêche, et euh…
Et voilà ! « euh »… on
se sait pas ! Le littoral regroupe un ensemble, à première vue
hétéroclite, d’activités économiques dont les plus caractéristiques
sont les secteurs touristiques et halieutiques.
Derrière ces deux
arbres, il ne faut pas oublier, voire occulter, le reste de la
forêt : cette partie du territoire constitue le creuset de
nombreuses autres activités économiques : agriculture, commerces,
industries diverses (exploitations minières, forestières,…), etc.
Comme le souligne le
rapport d’information sur l’application de la
loi littoral rédigé par la Commission des affaires
économiques, de l’environnement et du territoire de l’Assemblée
Nationale, « le tourisme, [s’il] représente […] une part essentielle
du développement économique du littoral, […] peut également être une
activité déstabilisatrice pour un territoire, lorsqu'il est
concentré sur une période très courte. En effet, les villes
littorales risquent de se transformer en villes-fantômes dès que le
mois d'août s'achève […] ».
De surcroît, lier le
développement économique d’une partie du territoire à une
mono-industrie revient à mettre tous ses œufs dans le même panier,
et donc subir de plein fouet le moindre retournement de conjoncture…
Cette gestion intégrée
du littoral a pour vocation de promouvoir tant un développement
économique durable et diversifié dans une large gamme de secteurs,
qu’une protection et une valorisation des espaces côtiers.
En effet, afin de
promouvoir la gestion intégrée des zones côtières, chaque état
membre devra établir un inventaire des acteurs, de la législation,
des institutions qui exercent une influence dans des secteurs aussi
variés que : la pêche, l’aquaculture, le transport, l’énergie, la
protection des ressources, le patrimoine culturel, le tourisme et
les loisirs, la gestion des déchets, l’agriculture et
l’enseignement, etc.
Cet inventaire, à la
Prévert serions-nous tenté de dire, illustre la diversité de
domaines intéressés par le littoral.
L’urbanisation de
l’espace littoral, initialement dévolu à la production ou aux
actions militaires ou de défenses (cf. la zone des 50 pas
géométriques dans les anciennes colonies françaises), a eu plusieurs
effets jugés néfastes ou déstructurant : accroissement de la
pression foncière accompagne d’une hausse des prix, modification du
paysage, voire dégradation de l’attrait touristique de la zone.
Pour se prémunir
contre cette dernière conséquence, l’Assemblée Nationale française
avait adopté en 1986 la loi n°86-2 dite
loi littoral. Cette loi, qui a
récemment fait l’objet de deux rapports (cf.
rapport n°421 de Monsieur Patrice
PELARD fait au nom de la commission des Lois du Sénat, ainsi que le
rapport d’information sur l’application de la
loi littoral réalisé par la Commission des affaires
économiques, de l’environnement et du territoire de l’Assemblée
Nationale) quant à son adaptation aux contraintes actuelles en
matière de pression démographiques notamment, illustre à merveille
les difficultés rencontrées dans l’univers juridique encadrant le
littoral.
Ses détracteurs
l’accusent d’être la source de tous les blocages, empêchant de fait
une urbanisation plus poussée, avec le développement économique qui
en découlerait grâce à l’implantation d’activités commerciales,
touristiques.
Face à cet argument,
il convient de faire preuve de circonspection. En effet, s’il est
vrai que le littoral est enveloppé dans un véritable maquis de lois,
règlements, et autres normes qui peuvent paraître limiter tout
projet de développement économique et/ou de gestion concertée du
littoral, il convient de dire que ces textes et les outils q’ils
créent (Conservatoire du littoral, SMVM, ZNIEFF, SCOT, PLU, etc)
n’ont aucunement vocation à sanctuariser le littoral. Tout au
contraire, ces textes traduisent une volonté de préserver les
ressources naturelles du littoral, de valoriser l’existant afin de
pouvoir le transmettre dans les meilleures conditions aux
générations futures.
Néanmoins, comme le
signale le Conseil Economique et Social de la région Bretagne dans
sa
contribution à la gestion concertée du
littoral ce ne sont pas tant les textes juridiques et les
outils qui en découlent que « l’absence d’articulation et de
cohérence entre [eux] qui tend à en alimenter la confusion et le
manque de lisibilité pour les acteurs locaux ».
Le littoral dispose
donc d’outils pour sa promotion économique. Il importe de les
utiliser en s’attachant à appréhender d‘une manière globale les
composants ainsi que les enjeux de ce fragile territoire.
Et maintenant,
imaginons que le littoral soit un territoire privilégié du
développement économique (j’ai bien dis imaginons…), si je vous
redemande de me dire ce que vous évoque le mot littoral, vous me
dites quoi ?
L’impact économique de
l’aménagement du littoral urbain : un projet de l’Agence des 50 pas.
Récemment,
un quotidien bien connu en Guadeloupe a célébré ses 40 ans. Parmi
quelques une des photos qui ont émaillé son existence, il était
possible d’en trouver qui montraient le littoral d’il y a trente,
vingt ou dix ans.
Ce petit retour en arrière
illustre les changements qui ont touchés le littoral, guadeloupéen
et les modifications, bonnes ou mauvaises, qui ont été opérés par la
volonté humaine.
A titre d’exemple, le littoral
saint-franciscain et le quartier de Rivière-Sens à Gourbeyre
présentent aujourd’hui des visages totalement différents grâces aux
aménagements qui y ont été réalisés.
Ces aménagements s’entendent
généralement par des constructions de résidences, d’aires publiques
voire de structures d’ intérêt général (routes, travaux de
protection, etc).
La satisfaction de besoins
primaires (hébergement, déplacement notamment) entraîne tant une
pression foncière que spatiale qui atteint le littoral. De ce fait,
tout aménagement du littoral en favorisant le passage ou
l’établissement de populations s’accompagne inéluctablement
d’impact(s) économique(s).
Dans le cadre de la
valorisation de la zone urbaine des 50 pas géométriques, l’Agence
des 50 pas s’attache prendre en considération les évolutions futures
des populations résidentes, leur aspirations, les besoins qui
sont(seront) à couvrir…
Dans ce cadre, elle a lancé sur
l’île de Terre de Bas un projet-pilote tourné autour de la
valorisation des savoir-faire présents dans l’île. Ce projet a pour
ambition de lier étroitement les futurs aménagements qui pourraient
être réalisés sur Terre de bas avec le développement économique
durable de l’île. Les résultats sont prévus, en principe, pour le
courant de l’année.
Cette optique s’harmonise
parfaitement avec la volonté actuelle, tant des instances
nationales, qu’européennes d’inscrire l’aménagement du territoire
dans un subtil équilibre entre la prise en considération d’un
nécessaire développement économique et la préservation harmonieuse
de l’environnement général.
Du
côté du Conservatoire du littoral de Guadeloupe
Le Littoral,
Combien ça Coûte ?
Il
serait temps de parler du rôle économique du littoral, et aussi de
l’impact économique des aménagements du littoral. Autrement dit : le
littoral, combien ça coûte, combien ça rapporte ?
Longtemps considéré comme
réserve foncière à tout faire, c’est-à-dire à l’usage exclusif de
l’installation de l’homme et au développement de ses activités
premières : commerce et industrie, le littoral est sans doute en train
de gagner ses lettres de noblesses, tout au moins à nos yeux !
Car les enjeux sont
multiples, et non exhaustifs, l’actualité récente nous l’a bien
démontré :
Enjeu patrimonial, enjeu
écologique, enjeu de protection physique contre érosions et catastrophes
naturelles, enfin et surtout, enjeu économique.
Ainsi forêts - bois,
charbon, paysages…-, pêche, chasse, plages, sites historiques, prairies
et jardins, terrains de jeux et de détente, propices et disponibles
(selon cahier des charges) à manifestations de toutes sortes, valorisent
aujourd’hui différemment ce littoral, y compris et surtout à travers ses
espaces naturels, désormais protégés par le Conservatoire du Littoral, à
l’instar et en complémentarité avec la Forêt Domaniale du Littoral.
Préserver et protéger le
littoral, c’est une opération coûteuse. Après conviction établie du bien
fondé d’une telle opération, reste à trouver le financement, car ces
terrains ont une valeur et ça se paye ! Ce n’est pas toujours chose
facile, mais les résultats sont parfois exceptionnels : Petite Terre de
Désirade.
Et puis, il faut valoriser
le site après acquisition, afin de répondre à des besoins identifiés,
d’un point de vue économique autant que pédagogique, ce qui évidemment a
aussi un coût, parfois très élevé : Pointe à Bacchus à Petit-Bourg,
Marais de Port-Louis.
La troisième phase,
associée à l’animation, la maintenance, l’entretien, c’est la gestion,
où la protection prend toute sa valeur et doit assurer la pérennité des
aménagements, de la valorisation sanctionnée par un accueil du public,
qui nécessite parfois une police de la nature bien présente : tout cela
a un coût, et ce n’est pas le plus simple à assumer !
Il faut bien comprendre que ces
sites naturels protégés doivent vivrent pour assurer des retombées
économiques, et cette économie concertée doit permettre d’assurer la
durabilité de cette action qui commence par une acquisition, et obtient
l’adhésion d’une population qui doit se réapproprier ce patrimoine, dans
le strict respect d’un cahier des charges précis au profit de cet écrin
du développement économique qu’est le littoral de Guadeloupe.
Espaces naturels
littoraux et facteurs économiques
Espaces
naturels et économies ont depuis toujours été en forte opposition,
la nature étant à considérer comme à la disposition de la production
humaine. D’ailleurs, cette représentation existe tant dans la très
grande majorité des religions que dans les divers systèmes
politiques et économiques.
La création des 50 pas
géométriques avait pour objet la maîtrise foncière de la zone à des
fins de protection militaire dont le but final était, bien
évidemment, la protection des économies de ces territoires,
nullement la protection d’espaces naturels.
C’est depuis peu et le
tournant aura été marqué durant le « sommet de la terre » en 1992 à
RIO, que les espaces naturels ne sont plus (là, je sais, je suis
optimiste) considérés comme les réservoirs inépuisables à la
disposition des générations humaines vivant à un instant donné. De
nouvelles notions et approches sont apparues : développement
durable, générations futures, biodiversité, éco-citoyenneté,
commerce équitable, ...
Cependant, certains et
notamment les forestiers avaient jeté les bases d’une gestion
raisonnée d’une certaine catégorie d’espaces naturels, à savoir les
forêts, leur devise étant « Imiter la nature, hâter son oeuvre ».
L’objectif des
forestiers est, pour les forêts qu’ils ont en gestion, de leur
conserver une triple vocation :
économique,
sociale,
environnementale,
Le
rendement économique des forêts devant permettre de financer les
fonctions sociales et environnementales. La fonction économique
« classique » des forêts sont la production de bois et
l’exploitation de chasse (production du secteur primaire). Mais, ce
joli scénario n’est pas applicable partout.
En Guadeloupe et,
notamment, en ce qui concerne la forêt domaniale du littoral, compte
tenu de son étroitesse et des conditions écologiques difficiles
(pauvreté des sols, embruns marins et faible pluviosité), son
potentiel économique « classique » est nul. Cela est vrai pour de
nombreux autres types d’espaces naturels.
Mais, actuellement, de
multiples études montrent pourtant que ceux-ci ont une véritable
valeur économique. Par exemple, les formations végétales sont de
puissants puits de carbone (les plantes fixent le carbone tout au
long de leur croissance) et participent donc, activement, contre
l’effet de serre dont les répercussions économiques (augmentation de
la fréquence des catastrophes naturelles par exemple) sont et seront
dommageables.
On peut aussi citer
leur valeur dans le monde de la recherche et du développement, le
nombre de molécules (biodiversité) à étudier y est très élevé et les
applications en matière de santé, de nutrition... restent à
découvrir.
Nous développerons ces
considérations dans un prochain numéro de Guadeloupe-Littoral.
Dans un futur proche,
il faudra bien tenir compte de ces aspects pour en financer leurs
gestions et ce même dans un contexte économique difficile.
Le
site de Golconde - Palétuviers, issu de la réforme
Foncière, a été vendu par la SAFER au Conservatoire
du Littoral.
Comme
Pointe à Bacchus dont nous avons précédemment parlé
cette habitation faisait partie du patrimoine du
“groupe Darboussier”, où il avait établi des
agriculteurs avec un contrat de colonage partiaire.
Cette
ensemble de forme très particulière en zigzag
s’appuie au sud sur le canal de Belle-Plaine,
élément principal d’un projet que la Commune des
Abymes veut développer depuis de nombreuses années.
Sur la rive gauche du canal a été édifiée, sur une
parcelle que la SAFER a vendue à la Commune, la
maison dite de la mangrove.
À l’est du
périmètre se trouve le domaine public avec la forêt humide
puis la mangrove qui borde le Grand-cul-de-sac.
Sur le plan
agricole, le partenariat SAFER-CELRL s’est déroulé comme
pour la Pointe à Bacchus : cession au littoral puis
Convention donnant mandat à la SAFER de continuer à encadrer
les anciens colons devenus locataires du CELRL.
Nous avons, là
également, eu à déplorer la construction de maisons sans
permis. Ceci nous a obligé à délimiter des enclaves,en jaune
sur le plan ci-dessous, avant la cession au CELRL.
Encore une
fois, nous constatons la difficulté d’obtenir l’application
des règles d’urbanisme, notamment sur les secteurs
agricoles.
C’est ainsi
que nous avons indiqué lors de l’enquête publique, achevée
le 10 février, pour la révision du Plan d’Occupation des
Sols (POS) en Plan Local d’Urbanisme (PLU) que nous
souhaitions qu’un tel secteur affiche en matière de zonage
la protection que lui confère son statut de propriété du
Conservatoire du Littoral. C’est à dire que nous demandions
un zonage 1N au lieu du 1A que nous avons noté sur le projet
de PLU mis à l’enquête publique.
Sur ce point
concret, nous prolongeons les propos de notre précédent
article.
Voici le
passage de la note remise au commissaire enquêteur :
…
La zone de
GOLCONDE
La SAFER a
cédé au Conservatoire du Littoral (CELRL) un ensemble de
parcelles situées en limite de la forêt humide juste
au-dessus du canal de Belle Plaine. Nous demandons à chaque
réunion des groupes de travail ou autres que ces parcelles
soient mises en zonage de protection, hier ND aujourd’hui
1N.
Extrait du règlement :
La zone 1 N
couvre les espaces naturels de grande importance
qu'il convient de protéger en raison de la valeur
écologique des milieux humides et de leur impact sur
la richesse naturelle du Grand Cul de Sac Marin.
Elle comprend les zones de mangroves, marécages,
prairies herbacées de l'Ouest de la commune qui se
trouvent par ailleurs tout entiers inscrits dans le
périmètre de la réserve naturelle du Grand Cul deSac
marin dont il constitue l’une des entités terrestres
les plus importantes.
…
Néanmoins ce classement doit permettre de rendre
compatibles les activités humaines actuelles
qu’elles soient agricoles, pastorales ou
halieutiques avec les objectifs de préservation des
milieux.
De
même, l’ouverture de ces espaces à la fréquentation
publique est permise dès lors qu’elle est mesurée et
n’est pas de nature à porter préjudice à l’équilibre
et la biodiversité des milieux.
Au milieu de cet
espace à protéger quelques constructions sauvages ont été
érigées malgré l’action de l’ONF (également partenaire du
CELRL) et de la SAFER. Au moment de la cession nous avons du
enclaver ces maisons que le Conservatoire ne voulait pas
dans son patrimoine…
Nous attendons
le document définitif de la commune qui sera opposable aux
tiers pour savoir si nos suggestions, celle ci-dessus en
particulier, auront été suivies.
La lettre
d'information Guadeloupe littoral® est un service gratuit réalisé par le Conservatoire du
littoral, l’agence des 50 pas géométrique de Guadeloupe, la
Safer de Guadeloupe, l’Office National des Forêts et le Parc National
de Guadeloupe.
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