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 - N°5 -Mai 2005

Edito

Les Dossiers du littoral

Du côté :

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Au risque de reprendre ce que nous énoncions déjà dans l’éditorial du précédent numéro, il y a de la vie sur le littoral. Et cette vie ne doit pas être réduite aux seuls écosystèmes (végétaux ou animaux) recensés.

Le littoral fait partie intégrante de l’œkoumène et à ce titre l’Homme y a (y prend ?) toute sa place.

Les constructions, l’exploitation, mais aussi la protection, la valorisation (et cette liste est loin d’être exhaustive) sont plus souvent que rarement les produits de la main humaine.

Produits !, le mot est lâché ; le littoral ne serait-il qu’une matière première supplémentaire offerte par Dame Nature à la race humaine pour se développer et assouvir ses différents besoins (logement, loisirs, etc)?

C’est à cette question que nous voudrions répondre à travers ce numéro, en défrichant différentes pistes de réflexions, portant notamment sur l’existence d’une stratégie économique dédiée au littoral.

Et peut-être, à l’issue de votre lecture, vous vous direz : « que d’interrogations pour un espace si réduit »!

 

Les dossiers du littoral

Le littoral : en quête d’une stratégie de développement économique?

Si je vous dis « littoral », à quoi pensez-vous ? Sans réfléchir, alleeez… Les idées de plages, la mer, voire une belle balade sur le rivage ne vous viennent-elles pas à l’esprit ?

Bien. Maintenant, pour corser les choses, si je vous demande quelles sont les activités économiques liées au littoral, que répondez-vous ? Le tourisme, peut-être la pêche, et euh…

Et voilà ! « euh »… on se sait pas ! Le littoral regroupe un ensemble, à première vue hétéroclite, d’activités économiques dont les plus caractéristiques sont les secteurs touristiques et halieutiques.

Derrière ces deux arbres, il ne faut pas oublier, voire occulter, le reste de la forêt : cette partie du territoire constitue le creuset de nombreuses autres activités économiques : agriculture, commerces, industries diverses (exploitations minières, forestières,…), etc.

Comme le souligne le rapport d’information sur l’application de la loi littoral rédigé par la Commission des affaires économiques, de l’environnement et du territoire de l’Assemblée Nationale, « le tourisme, [s’il] représente […] une part essentielle du développement économique du littoral, […] peut également être une activité déstabilisatrice pour un territoire, lorsqu'il est concentré sur une période très courte. En effet, les villes littorales risquent de se transformer en villes-fantômes dès que le mois d'août s'achève […] ».

De surcroît, lier le développement économique d’une partie du territoire à une mono-industrie revient à mettre tous ses œufs dans le même panier, et donc subir de plein fouet le moindre retournement de conjoncture…

Dans cette optique, la tendance actuelle, en Europe, est à la mise en oeuvre d’une Gestion Intégrée des Zones Côtières (GIZC) qui fait l’objet d’une recommandation de la Communauté européenne du 30 mai 2002.

Cette gestion intégrée du littoral a pour vocation de promouvoir tant un développement économique durable et diversifié dans une large gamme de secteurs, qu’une protection et une valorisation des espaces côtiers.

En effet, afin de promouvoir la gestion intégrée des zones côtières, chaque état membre devra établir un inventaire des acteurs, de la législation, des institutions qui exercent une influence dans des secteurs aussi variés que : la pêche, l’aquaculture, le transport, l’énergie, la protection des ressources, le patrimoine culturel, le tourisme et les loisirs, la gestion des déchets, l’agriculture et l’enseignement, etc.

Cet inventaire, à la Prévert serions-nous tenté de dire, illustre la diversité de domaines intéressés par le littoral.

L’urbanisation de l’espace littoral, initialement dévolu à la production ou aux actions militaires ou de défenses (cf. la zone des 50 pas géométriques dans les anciennes colonies françaises), a eu plusieurs effets jugés néfastes ou déstructurant : accroissement de la pression foncière accompagne d’une hausse des prix, modification du paysage, voire dégradation de l’attrait touristique de la zone.

Pour se prémunir contre cette dernière conséquence, l’Assemblée Nationale française avait adopté en 1986 la loi n°86-2 dite loi littoral. Cette loi, qui a récemment fait l’objet de deux rapports (cf. rapport n°421 de Monsieur Patrice PELARD fait au nom de la commission des Lois du  Sénat, ainsi que le rapport d’information sur l’application de la loi littoral réalisé par la Commission des affaires économiques, de l’environnement et du territoire de l’Assemblée Nationale) quant à son adaptation aux contraintes actuelles en matière de pression démographiques notamment,  illustre à merveille les difficultés rencontrées dans l’univers juridique encadrant le littoral.

Ses détracteurs l’accusent d’être la source de tous les blocages, empêchant de fait une urbanisation plus poussée, avec le développement économique qui en découlerait grâce à l’implantation d’activités commerciales, touristiques.

Face à cet argument, il convient de faire preuve de circonspection. En effet, s’il est vrai que le littoral est enveloppé dans un véritable maquis de lois, règlements, et autres normes qui peuvent paraître limiter tout projet de développement économique et/ou de gestion concertée du littoral, il convient de dire que ces textes et les outils q’ils créent (Conservatoire du littoral, SMVM, ZNIEFF, SCOT, PLU, etc) n’ont aucunement vocation à sanctuariser le littoral. Tout au contraire, ces textes traduisent une volonté de préserver les ressources naturelles du littoral, de valoriser l’existant afin de pouvoir le transmettre dans les meilleures conditions aux générations futures.

Néanmoins, comme le signale le Conseil Economique et Social de la région Bretagne dans sa contribution à la gestion concertée du littoral ce ne sont pas tant les textes juridiques et les outils qui en découlent que « l’absence d’articulation et de cohérence entre [eux] qui tend à en alimenter la confusion et le manque de lisibilité pour les acteurs locaux ».

Le littoral dispose donc d’outils pour sa promotion économique. Il importe de les utiliser en s’attachant à appréhender d‘une manière globale les composants ainsi que les enjeux de ce fragile territoire.

Et maintenant, imaginons que le littoral soit un territoire privilégié du développement économique (j’ai bien dis imaginons…), si je vous redemande de me dire ce que vous évoque le mot littoral, vous me dites quoi ?

Agence des 50 pas de Guadeloupe

agence@ag50pas-guadeloupe.fr

 

 

Du côté de l'agence des 50 pas géométriques

L’impact économique de l’aménagement du littoral urbain : un projet de l’Agence des 50 pas.

Récemment, un quotidien bien connu en Guadeloupe a célébré ses 40 ans. Parmi quelques une des photos qui ont émaillé son existence, il était possible d’en trouver qui montraient le littoral d’il y a trente, vingt ou dix ans.

Ce petit retour en arrière illustre les changements qui ont touchés le littoral, guadeloupéen et les modifications, bonnes ou mauvaises, qui ont été opérés par la volonté humaine.

A titre d’exemple, le littoral saint-franciscain et le quartier de Rivière-Sens à Gourbeyre présentent aujourd’hui des visages totalement différents grâces aux aménagements qui y ont été réalisés.

Ces aménagements s’entendent généralement par des constructions de résidences, d’aires publiques voire de structures d’ intérêt général (routes, travaux de protection,  etc).

La satisfaction de besoins primaires (hébergement, déplacement notamment) entraîne tant une pression foncière que spatiale qui atteint le littoral. De ce fait, tout aménagement du littoral en favorisant le passage ou l’établissement de populations s’accompagne inéluctablement d’impact(s) économique(s).

Dans le cadre de la valorisation de la zone urbaine des 50 pas géométriques, l’Agence des 50 pas s’attache prendre en considération les évolutions futures des populations résidentes, leur aspirations, les besoins qui sont(seront) à couvrir…

Dans ce cadre, elle a lancé sur l’île de Terre de Bas un projet-pilote tourné autour de la valorisation des savoir-faire présents dans l’île. Ce projet a pour ambition de lier étroitement les futurs aménagements qui pourraient être réalisés sur Terre de bas avec le développement économique durable de l’île. Les résultats sont prévus, en principe, pour le courant de l’année.

Cette optique s’harmonise parfaitement avec la volonté actuelle, tant des instances nationales, qu’européennes d’inscrire l’aménagement du territoire dans un subtil équilibre entre la prise en considération d’un nécessaire développement économique et la préservation harmonieuse de l’environnement général.

 

Agence des 50 pas de Guadeloupe

agence@ag50pas-guadeloupe.fr

 

 

Du côté du Conservatoire du littoral de Guadeloupe

Le Littoral, Combien ça Coûte ?

Il serait temps de parler du rôle économique du littoral, et aussi de l’impact économique des aménagements du littoral. Autrement dit : le littoral, combien ça coûte, combien ça rapporte ?

Longtemps considéré comme réserve foncière à tout faire, c’est-à-dire à l’usage exclusif de l’installation de l’homme et au développement de ses activités premières : commerce et industrie, le littoral est sans doute en train de gagner ses lettres de noblesses, tout au moins à nos yeux !

Car  les enjeux sont multiples, et non exhaustifs, l’actualité récente nous l’a bien démontré :

Enjeu patrimonial, enjeu écologique, enjeu de protection physique contre érosions et catastrophes naturelles, enfin et surtout, enjeu économique.

Ainsi forêts - bois, charbon, paysages…-, pêche, chasse, plages, sites historiques, prairies et jardins, terrains de jeux et de détente, propices et disponibles (selon cahier des charges) à manifestations de toutes sortes, valorisent aujourd’hui différemment ce littoral, y compris et surtout à travers ses espaces naturels, désormais protégés par le Conservatoire du Littoral, à l’instar et en complémentarité avec la Forêt Domaniale du Littoral.

Préserver et protéger le littoral, c’est une opération coûteuse. Après conviction établie du bien fondé d’une telle opération, reste à trouver le financement, car ces terrains ont une valeur et ça se paye ! Ce n’est pas toujours chose facile, mais les résultats sont parfois exceptionnels : Petite Terre de Désirade.

Et puis, il faut valoriser le site après acquisition, afin de répondre à des besoins identifiés, d’un point de vue économique autant que pédagogique, ce qui évidemment a aussi un coût, parfois très élevé : Pointe à Bacchus à Petit-Bourg, Marais de Port-Louis.

La troisième phase, associée à l’animation, la maintenance, l’entretien, c’est la gestion, où la protection prend toute sa valeur et doit assurer la pérennité des aménagements, de la valorisation sanctionnée par un accueil du public, qui nécessite parfois une police de la nature bien présente : tout cela a un coût, et ce n’est pas le plus simple à assumer !

Il faut bien comprendre que ces sites naturels protégés doivent vivrent pour assurer des retombées économiques, et cette économie concertée doit permettre d’assurer la durabilité de cette action qui commence par une acquisition, et obtient l’adhésion d’une population qui doit se réapproprier ce patrimoine, dans le strict respect d’un cahier des charges précis au profit de cet écrin du développement économique qu’est le littoral de Guadeloupe.

 

Conservatoire de l'espace littoral

et

des rivages lacustres

guadeloupe@conservatoire-du-littoral.fr

 

 

 

Du côté de l'Office National des Forêts

Espaces naturels littoraux et facteurs économiques

Espaces naturels et économies ont depuis toujours été en forte opposition, la nature étant à considérer comme à la disposition de la production humaine. D’ailleurs, cette représentation existe tant dans la très grande majorité des religions que dans les divers systèmes politiques et économiques.

La création des 50 pas géométriques avait pour objet la maîtrise foncière de la zone à des fins de protection militaire dont le but final était, bien évidemment, la protection des économies de ces territoires, nullement la protection d’espaces naturels.

C’est depuis peu et le tournant aura été marqué durant le « sommet de la terre » en 1992 à RIO, que les espaces naturels ne sont plus (là, je sais, je suis optimiste) considérés comme les réservoirs inépuisables à la disposition des générations humaines vivant à un instant donné. De nouvelles notions et approches sont apparues : développement durable, générations futures, biodiversité, éco-citoyenneté, commerce équitable, ...

Cependant, certains et notamment les forestiers avaient jeté les bases d’une gestion raisonnée d’une certaine catégorie d’espaces naturels, à savoir les forêts, leur devise étant « Imiter la nature, hâter son oeuvre ».

L’objectif des forestiers est, pour les forêts qu’ils ont en gestion, de leur conserver une triple vocation :

  • économique,

  • sociale,

  • environnementale,

Le rendement économique des forêts devant permettre de financer les fonctions sociales et environnementales. La fonction économique « classique » des forêts sont la production de bois et l’exploitation de chasse (production du secteur primaire). Mais, ce joli scénario n’est pas applicable partout.

En Guadeloupe et, notamment, en ce qui concerne la forêt domaniale du littoral, compte tenu de son étroitesse et des conditions écologiques difficiles (pauvreté des sols, embruns marins et faible pluviosité), son potentiel économique « classique » est nul. Cela est vrai pour de nombreux autres types d’espaces naturels.

Mais, actuellement, de multiples études montrent pourtant que ceux-ci ont une véritable valeur économique. Par exemple, les formations végétales sont de puissants puits de carbone (les plantes fixent le carbone tout au long de leur croissance) et participent donc, activement, contre l’effet de serre dont les répercussions économiques (augmentation de la fréquence des catastrophes naturelles par exemple) sont et seront dommageables.

On peut aussi citer leur valeur dans le monde de la recherche et du développement, le nombre de molécules (biodiversité) à étudier y est très élevé et les applications en matière de santé, de nutrition... restent à découvrir.

Nous développerons ces considérations dans un prochain numéro de Guadeloupe-Littoral.

Dans un futur proche, il faudra bien tenir compte de ces aspects pour en financer leurs gestions et ce même dans un contexte économique difficile.

Office National des Forêts

dr.guadeloupe@onf.fr

 

Du côté de la SAFER

Le site de Golconde aux Abymes

Le site de Golconde - Palétuviers, issu de la réforme Foncière, a été vendu par la SAFER au Conservatoire du Littoral.

Comme Pointe à Bacchus dont nous avons précédemment parlé cette habitation faisait partie du patrimoine du “groupe Darboussier”, où il avait établi des agriculteurs avec un contrat de colonage partiaire.

Cette ensemble de forme très particulière en zigzag s’appuie au sud sur le canal de Belle-Plaine, élément principal d’un projet que la Commune des Abymes veut développer depuis de nombreuses années. Sur la rive gauche du canal a été édifiée, sur une parcelle que la SAFER a vendue à la Commune, la maison dite de la mangrove.

 

À l’est du périmètre se trouve le domaine public avec la forêt humide puis la mangrove qui borde le Grand-cul-de-sac.

Sur le plan agricole, le partenariat SAFER-CELRL s’est déroulé comme pour la Pointe à Bacchus : cession au littoral puis Convention donnant mandat à la SAFER de continuer à encadrer les anciens colons devenus locataires du CELRL.

Nous avons, là également, eu à déplorer la construction de maisons sans permis. Ceci nous a obligé à délimiter des enclaves,en jaune sur le plan ci-dessous, avant la cession au CELRL.

Encore une fois, nous constatons la difficulté d’obtenir l’application des règles d’urbanisme, notamment sur les secteurs agricoles.

C’est ainsi que nous avons indiqué lors de l’enquête publique, achevée le 10 février, pour la révision du Plan d’Occupation des Sols (POS) en Plan Local d’Urbanisme (PLU) que nous souhaitions qu’un tel secteur affiche en matière de zonage la protection que lui confère son statut de propriété du Conservatoire du Littoral. C’est à dire que nous demandions un zonage 1N au lieu du 1A que nous avons noté sur le projet de PLU mis à l’enquête publique.

Sur ce point concret, nous prolongeons les propos de notre précédent article.

Voici le passage de la note remise au commissaire enquêteur :

La zone de GOLCONDE

La SAFER a cédé au Conservatoire du Littoral (CELRL) un ensemble de parcelles situées en limite de la forêt humide juste au-dessus du canal de Belle Plaine. Nous demandons à chaque réunion des groupes de travail ou autres que ces parcelles soient mises en zonage de protection, hier ND aujourd’hui 1N.

Extrait du règlement :

La zone 1 N couvre les espaces naturels de grande importance qu'il convient de protéger en raison de la valeur écologique des milieux humides et de leur impact sur la richesse naturelle du Grand Cul de Sac Marin. Elle comprend les zones de mangroves, marécages, prairies herbacées de l'Ouest de la commune qui se trouvent par ailleurs tout entiers inscrits dans le périmètre de la réserve naturelle du Grand Cul deSac marin dont il constitue l’une des entités terrestres les plus importantes.

Néanmoins ce classement doit permettre de rendre compatibles les activités humaines actuelles qu’elles soient agricoles, pastorales ou halieutiques avec les objectifs de préservation des milieux.

De même, l’ouverture de ces espaces à la fréquentation publique est permise dès lors qu’elle est mesurée et n’est pas de nature à porter préjudice à l’équilibre et la biodiversité des milieux.

 

Au milieu de cet espace à protéger quelques constructions sauvages ont été érigées malgré l’action de l’ONF (également partenaire du CELRL) et de la SAFER. Au moment de la cession nous avons du enclaver ces maisons que le Conservatoire ne voulait pas dans son patrimoine…

Nous attendons le document définitif de la commune qui sera opposable aux tiers pour savoir si nos suggestions, celle ci-dessus en particulier, auront été suivies.

SAFER DE GUADELOUPE

ganot.d.technique@safer-guadeloupe.com

 

La lettre d'information Guadeloupe littoral® est un service gratuit réalisé par le Conservatoire du littoral, l’agence des 50  pas géométrique de Guadeloupe, la Safer de Guadeloupe, l’Office National des Forêts et le Parc National de Guadeloupe.

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Pour tout contact : aabdillahi@ag50pas-guadeloupe.fr

 

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