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Dossier Littoral
PARC NATIONAUX : UNE
NOUVELLE LOI POUR UNE NOUVELLE GOUVERNANCE
La
France dispose, depuis le 14 avril 2006, d'une nouvelle
loi (1) qui réglemente ses Parcs naturels. Ce nouveau
texte constitue une réforme importante qui prévoit un
certain nombre de modifications sur le fonctionnement et
les missions de ces espaces protégés, et doit déboucher,
selon les auteurs de la loi, sur une meilleure prise en
compte de la réalité comme des enjeux de ces outils de
protection et de développement durable dans l'évolution
économique, sociale, et culturelle de notre pays.
Cette réforme concerne
au premier chef la Guadeloupe, dont 10 % du territoire a
été classé Parc national il y a près de 20 ans (1989).
En quoi consiste-elle? Quelle est sa portée? Comment
cette nouvelle loi s'applique-t-elle (ou
s'appliquera-t-elle) à la Guadeloupe?
Rappelons tout d'abord ce
qu'est, dans le cadre de cette nouvelle loi, un Parc
national en France.
Un parc national est un
espace en grande partie exceptionnel, du fait d’une
combinaison remarquable au niveau national ou
international entre géologie, diversité biologique,
dynamique des écosystèmes, activités humaines et
paysages. Sur cet espace, l’Etat met en place une
organisation visant à l’excellence dans la préservation
et la gestion.
Le classement d’un Parc
national manifeste une volonté politique de donner une
forte visibilité nationale et internationale à cet
espace, d’y mener une politique exemplaire et intégrée
de protection et de gestion, mais aussi d'éducation à la
nature et de récréation, et de transmettre aux
générations futures un patrimoine préservé. Le caractère
du Parc national est souvent indissociable de la
présence de communautés humaines qui ont marqué de leur
empreinte la diversité biologique et les paysages de ces
territoires, notamment par le pastoralisme et la gestion
forestière, et ont contribué à façonner un équilibre
original.
La création d’un Parc
national suppose un projet de territoire fondé sur une
vision
partagée,
intégrée,
et vivante
de la valeur des espaces naturels et des paysages.
Vision partagée, car
l’enjeu de création de Parc national est d’inscrire le
devenir d’un territoire dans une démarche partenariale
associant l’Etat et les collectivités locales.
Vision intégrée, car les espaces en question présentent
une cohérence, une unité géographique et écologique dont
le projet révèle les solidarités écologiques. C’est
pourquoi, l’entité « Parc national » est composée d’un
cœur
et d’une aire d’adhésion
aux modalités de gestion différentes mais
complémentaires.
Vision vivante, car ce
projet de territoire se veut dynamique. Il associe tous
les acteurs concernés. La charte, document de gestion du
Parc national, en traduit la gouvernance d’ensemble, la
vision commune.
Dans la nouvelle loi, l'une des réformes les plus
spectaculaires, en tout cas les plus remarquables, est
l'apparition de la notion de
charte.
Ce document, que les différents acteurs impliqués
s'entendent et s'engagent à appliquer et à faire
respecter, ne concernait jusqu'ici que les seuls Parcs
naturels régionaux. Il intéresse désormais aussi les
Parcs nationaux.
La charte fonde un projet
de territoire partenarial entre l’Etat et les
collectivités territoriales après concertation avec les
acteurs. La charte associe, selon des modalités
différentes, et dans une logique de solidarité
écologique, le ou les « cœurs » du Parc et l’aire
optimale d’adhésion. Elle définit pour le cœur du Parc
des objectifs de protection du patrimoine naturel,
culturel, et paysager, et pour l’aire d’adhésion des
orientations de protection, de mise en valeur, et de
développement. L’enjeu est de traduire concrètement la
continuité écologique en même temps que l’existence d’un
espace de vie et de développement durable. Il s’agit
donc d’une nouvelle conception du Parc national,
reposant sur une vision partagée, intégrée et vivante,
d’un espace cohérent dans ses différentes composantes,
induisant une nouvelle gouvernance.
En s’engageant sur la
charte, les acteurs concernés reconnaissent une valeur
exceptionnelle au cœur du Parc national et décident d’y
privilégier une gestion conservatoire. Ils décident de
se donner les moyens de consolider la solidarité
écologique, économique, sociale, et culturelle de fait
entre cette zone et les territoires qui l’entourent, sur
la base d’un développement durable.
La charte du Parc
national, élaborée dans un processus partenarial et
adoptée après consultation publique, est un document qui
a vocation à exprimer le « projet de territoire » de
l’ensemble du Parc national et à structurer la politique
de l’établissement public.
La prise en compte des
activités et des aménagements montre que, dans certains
cas des objectifs contradictoires sont en présence, ce
qui implique des choix. Ces choix tiennent compte de
considérations locales qui peuvent justifier, même à
l’intérieur du cœur, la définition d’un zonage mettant
l’accent sur des priorités adaptées à chaque zone.
Le « cœur » du Parc
national
Parmi les notions
nouvelles qu'apporte la loi, il y a celle déjà évoquée
de « cœur du Parc ». En Guadeloupe, la superficie du « cœur »
atteint 17 300ha, couvrant plus de la moitié du massif
forestier de la Basse-Terre.
Le cœur confère à
l’ensemble du Parc national une partie importante de son
caractère. Celui-ci repose à la fois sur des éléments
matériels, notamment un riche patrimoine naturel,
culturel et paysager, spécifique et objectivement
décrit, mais aussi sur des éléments immatériels,
notamment sur tout ce qui suscite chez l’homme
l’émotion, le respect, un imaginaire particulier et une
capacité de ressourcement. Il renvoie donc à l’esprit
des lieux, à la force séductrice de l’ensemble classé en
« cœur de Parc » et à l’attirance qu’il exerce. Ce
caractère plonge ses racines dans l’histoire du lieu,
favorise une pluralité de visions de l’espace considéré,
et continue à s’affirmer au-delà des évolutions
naturelles, économiques, et sociales.

Le cœur du Parc
national est un espace d’excellence de la gestion
conservatoire. Cette gestion vise à maintenir,
développer ou restaurer les fonctionnalités écologiques
et à éviter la fragmentation des milieux naturels. Dans
certains cas, et plus particulièrement dans les réserves
intégrales, toute intervention humaine est évitée afin
que les successions écologiques puissent se dérouler
librement.
Le cœur est un espace
de référence, qui doit permettre de suivre les
évolutions sur le long terme,- telles que le changement
climatique- ou par comparaison avec des espaces voisins
qui se « banalisent ».
Le cœur du Parc
national est aussi un espace de découverte, de quiétude,
de ressourcement, d’inspiration dont la fréquentation
doit être maîtrisée. Il renvoie à des valeurs de respect
et de partage.
L’action menée dans
l’aire d’adhésion à travers la charte doit permettre une
bonne appropriation de la haute valeur patrimoniale du
cœur par les acteurs locaux et la population afin de
garantir une bonne protection à long terme.
Les interventions de
gestion doivent préserver la diversité des écosystèmes
et des paysages en s'appuyant sur une analyse fine et
globale développée à l'échelle de petits espaces et en
faisant appel à toute une palette de moyens
d'intervention.
Les différents services
et établissements publics de l’Etat doivent contribuer
aux objectifs du Parc national, soutenir la
réglementation du cœur, et en assumer les éventuelles
conséquences, notamment financières, liées à leurs
actions.

Dans le cœur, la
gestion prend en compte l’existence d’activités et de
modes de vie traditionnels tout en respectant l’objectif
de protection du cœur du Parc. Certaines activités dès
lors qu'elles sont compatibles avec les objectifs du
Parc national peuvent s’exercer, dans certaines
conditions, dans le cœur. Les acteurs concernés sont
alors considérés comme des partenaires de la politique
de protection. Dans tous les cas, la maîtrise des
activités doit être suffisante afin de ne pas entraîner
de conséquences négatives sur le patrimoine. Doivent
donc être exclues les activités qui engendrent une
dégradation du patrimoine naturel, culturel et paysager
du cœur.
La charte définira les
cadres et les bonnes pratiques pour les projets menés
dans le cœur du Parc national. Les bonnes pratiques
environnementales concernent en premier lieu les
activités agricoles, pastorales et forestières. Les
aménagements autorisés doivent être conçus avec une
exigence de qualité et un souci d’intégration, de
réversibilité ou de remise en état. Les règles
d’esthétique renforcent l’identité du territoire, ce qui
n’exclut pas la création artistique. Les techniques et
l’usage des matériaux sont choisis en relation avec le
patrimoine naturel et culturel. Ils favorisent les
usages anciens dans un contexte contemporain.
La charte devra porter
une attention particulière aux pressions, pollutions et
nuisances diffuses qui contribuent à artificialiser le
milieu.
La charte et l’aire
d’adhésion
L'autre grande
innovation de la loi est celle de l'aire d'adhésion.
Dans la loi de 1960,
les Parcs nationaux étaient composés de deux zones
concentriques distinctes : une zone centrale à forte
protection, et tout autour une zone périphérique aussi
appelée zone tampon où « développement devait rimer avec
environnement ». En Guadeloupe, la zone périphérique ne
l'était pas tout a fait puisqu'elle n'incluait que trois
communes de la Côte Sous-le-Vent : Pointe-Noire,
Bouillante, et Vieux-Habitants. Avec la nouvelle loi, la
notion de zone périphérique disparaît pour laisser place
à celle d'aire d'adhésion, espace de cohérence et de
partenariat qui offre aux communautés locales le cadre
d'un développement local exemplaire, harmonieux et
durable.
Toutes les communes qui
le souhaiteront, pourvu qu'elles figurent dans la zone
d'influence directe du coeur du Parc ou de la Réserve
naturelle du Grand Cul-de-Sac marin, pourront être
intégrées dans l'aire d'adhésion du Parc après avoir
signé une charte. L'aire potentielle d'adhésion du Parc
comprend toutes les communes de la Basse-Terre, ainsi
que les cinq communes de la Grande-Terre situées autour
du Grand Cul-de-Sac marin, soit 18 des 34 communes de la
Guadeloupe.
La charte du Parc
national s’appuie sur un diagnostic et une vision
partagée des enjeux du territoire entre l’Etat et les
multiples acteurs. Dans l’aire d’adhésion, elle
concrétise le projet de protection et de développement
durable. Elle bénéficie et contribue à la haute valeur
patrimoniale du cœur du Parc.
Elle est élaborée dans
une démarche partenariale au cours de nombreuses
négociations et concertations et phases itératives
permettant une validation progressive et une information
approfondie de la population. Elle est mise en œuvre et
évaluée par les acteurs du territoire au premier rang
desquels figure l’établissement public gestionnaire du
Parc national.
Pour l’aire d’adhésion,
les acteurs de la charte, porteurs d’une solidarité et
d’une responsabilité partagée, ont l’ambition de
sauvegarder les équilibres fragiles et dynamiques
originaux du territoire entre nature, culture, et
paysages, et de contribuer au développement harmonieux
de ces espaces. Ils s’engagent dans un projet ambitieux
de territoire fondé sur les principes du développement
durable traduisant notamment la solidarité écologique
entre le cœur du Parc et ses espaces environnants.
Dans l’aire d’adhésion
du Parc national, la charte offre pour les collectivités
et pour l’Etat l’opportunité de :
préserver
l’harmonie entre les activités humaines et les milieux
naturels,
protéger la
qualité et la diversité des paysages, ainsi que celle
des habitats naturels,
veiller à la
compatibilité des activités avec le caractère spécifique
de ces espaces et l’objectif de protection du cœur,
soutenir les
modes de vie et promouvoir les activités économiques en
harmonie avec la qualité du patrimoine naturel et
culturel, ainsi que les manifestations sociales et
culturelles traditionnelles,
promouvoir
un tourisme et des activités de loisir respectueux des
qualités essentielles et du caractère de ces espaces,
favoriser la découverte de leurs richesses et
l’éducation à l’environnement, inciter à un comportement
responsable des visiteurs,
encourager
les activités scientifiques et éducatives qui
contribuent au bien être à long terme des populations
résidentes et au développement du soutien public pour la
protection environnementale de l’aire d’adhésion,
apporter des
bénéfices et contribuer au bien-être des habitants en
valorisant les produits et services naturels et
culturels,
contribuer à
une nouvelle identité qui exprime fortement l’unité du
territoire,
assurer une
cohérence entre les politiques communales et
intercommunales sur ce territoire.
Solidarité
nationale
Par ailleurs, l’aire
d’adhésion est un espace de solidarité.
Sur la base de la
solidarité écologique, les communes situées dans l’aire
d’adhésion ont vocation à bénéficier de la solidarité
nationale en contrepartie de leur concours volontaire à
la protection et de leur engagement dans la mise en
œuvre de la charte à laquelle elle ont librement adhéré.
Elles peuvent bénéficier à ce titre de l’assistance
technique de l’établissement public du Parc national,
attendre une prise en compte spécifique de ses projets
figurant dans la charte dans le cadre des contrats de
projets Etat-Régions et profiter de l’appellation
protégée de commune du Parc national.
Grâce à la
reconnaissance nationale et internationale dont il
bénéficie, le Parc national participe à la solidarité
nationale, et contribue à l’aménagement du territoire.
Ceci se traduit par :
-
l’attribution
à ce territoire du label prestigieux de Parc national
-
sa prise en
compte dans les orientations et les mesures définies par
l’Etat dans les domaines de la gestion de l’espace, du
patrimoine naturel et culturel et de l’aménagement du
territoire ;
-
un abondement
de la dotation globale de fonctionnement pour les
communes situées pour totalment ou partiellement dans le
cœur ;
-
une prise en
compte des particularités de ces espaces dans les
programmations financières de l’Etat ;
La création d’un Parc
national repose également sur une démarche partenariale
qui se traduit par :
-
un octroi de
subventions de l’établissement public national aux
projets concourrant à la mise en œuvre de la charte ;
-
une
assistance technique de l’établissement public
national ;
-
une
possibilité d’utiliser une marque collective des Parcs
nationaux ayant vocation à valoriser les produits et
services inscrits dans un processus écologique en vue
notamment de la préservation ou la restauration de la
faune et de la flore ;
-
des
exonérations fiscales pour les personnes physiques et
morales, souscrivant un engagement de gestion, situées
dans l’aire d’adhésion ou le cœur du Parc national.
(1)
Loi n° 2006-436 du 14 avril 2006 et décrets n° 2006-943
et 2006-944 du 28 juillet 2006
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François CERLES |
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