Patrimoine

Le littoral guadeloupéen : une aventure humaine

La Guadeloupe est une île. De cette évidente assertion, on pourrait se contenter de sourire. Et pourtant!... Cette réalité insulaire a façonné l'histoire de notre archipel. Que ce soit du point de vue économique, social, ou culturel, le littoral y a toujours joué -et y joue encore- un rôle primordial. Partout, cette zone de contact entre la terre et la mer, de la même façon qu'elle influence la vie végétale et animale, pèse sur la vie des hommes.

Dans l'étude qu'elle a consacré aux habitations-sucreries du littoral guadeloupéen, Danielle BEGOT, professeur à l'Université des Antilles et de la Guyane, estime que « ce milieu géographique, tel qu'il apparaît dans la longue durée de la colonisation européenne, est avant tout une aventure humaine ».

Le littoral en effet, poursuit Danielle BEGOT, constitue en quelque sorte l'élément fondateur du front de colonisation. Ainsi, la proximité du bord de mer a toujours constitué un fort argument dans les transactions foncières. A cela plusieurs raisons. La première est que la côte n'est pas seulement un espace physique. Véritable « topos » mental pour le colon, la mer est le seul lien qui lui reste avec sa mère patrie.

La seconde est que le littoral est une zone de haute rentabilité économique. Très longtemps, la mer est demeurée la seule voie fiable pour assurer les échanges commerciaux. C'est par la mer que sont transportées, pour être vendues sur les marchés des grandes villes Basse-Terre et Pointe-à-Pitre, les denrées cultivées (vivres, café, épices...) par les habitants.

Une relation ambigüe

D'où l'intérêt pour chacun de disposer d'un accès le plus direct possible au littoral (1). En effet, selon les conditions géographiques qu'elle offre, la côte est tantôt une ouverture sur le monde, tantôt une fermeture, et par conséquent une protection vis-à-vis des menaces (naturelles ou militaires) de l'extérieur. Cette double préoccupation a pour effet de favoriser l'ambiguïté de la relation de l'homme avec son littoral. D'ailleurs, si beaucoup de colons choisissent de s'installer en retrait de la côte, c'est souvent moins par respect de la loi sur les « 50 pas du Roi » que par crainte des risques de raz de marée dans une région exposée aux cyclones...

La relation que l'homme guadeloupéen entretien avec le rivage s'exprime par ailleurs dans les aménagements de toutes natures qu'il y opère. Durant les premiers temps de la colonisation, on se contente le plus souvent d'utiliser des sites faciles d'accès -de type plage- où l'accotement est possible sans danger. Mais dès le 18è siècle apparaissent les appontements, essentiellement construits pour faciliter l'évacuation des productions,  notamment du sucre.

Autre type d'aménagement : le curage des fonds sableux. L'essor de l'industrie du sucre nécessite en effet d'avoir recours à de plus grandes embarcations ayant un tirant d'eau plus important. Il faut donc draguer pour approfondir les bassins d'approche des bateaux. C'est du reste dans cette même logique que sera percé le Canal des Rotours à Morne-à-l'Eau, destiné à desservir les nombreuses habitations sucrières installées dans cette région de la Grande-Terre.

Une lutte ancestrale

L'avènement des grandes usines à sucre centrales à la fin du 19è siècle (Darboussier à Pointe-à-Pitre ou Beauport à Port-Louis par exemple) n'aura d'autre effet que d'accélérer l'aménagement du bord de mer avec la construction de véritables petits ports, points de jonction entre les voies ferrées qui charrient les cannes et les grandes gabarres porteuses de sucre.

De toute façon, quelles que soient ses motivations, c'est bien toujours l'homme qui au final est le vainqueur de la lutte ancestrale qu'il mène depuis des siècles contre le littoral.

Grâce à des moyens autrement plus sophistiqués que ceux dont ils disposaient voici encore un siècle, les occupants de la Guadeloupe poursuivent inlassablement l'oeuvre commencée par leurs prédécesseurs.

Des milliers d'hectares de mangroves, de forêts marécageuses, et de zones humides sont ainsi chaque années détruits ou comblés pour construire des routes, des lotissements, des zones industrielles... L'homme n'est pas au bout de l'aventure dans laquelle il s'est lancé il y a plus de 350 ans.

 

(1)     Jusqu'à une date récente, toutes les communes de la Guadeloupe disposaient d'un contact direct avec la mer. Depuis 1953 , la commune de Saint-Claude n'a plus accès au littoral. C'est la seule de l'archipel.

 

 

 

Wilfrid DEMONIO

 Environnement Littoral

Tsunamis & Co. contre mangroves (et autres forêts côtières) :

un duel inégal mais…

Près de deux ans après le séisme et les tsunamis exceptionnels qu’ont connu les pays baignés par l’Océan Indien en décembre 2004, nous sommes encore hantés par ces images apocalyptiques de dévastation absolue. Cependant, des voix se sont rapidement élevé pour s'interroger sur les vraies raisons d’un bilan humain aussi lourd (300 000 morts et plus de 5 millions de sans-abri). La furie de la Nature est-elle seule coupable ? L’Homme n’a-t-il pas contribué à aggraver la catastrophe ? Enfin, comment éviter à l’avenir une telle tragédie ?

 

Chroniques de destructions annoncées

Les populations d’Asie du sud et d’Asie du sud-est n’échappent pas, de temps à autre, à des catastrophes naturelles d’ampleur régionale. En août 1976, un séisme accompagné d’un tsunami a occasionné près de 7 500 victimes et près de 100 000 sans-abris aux Philippines. En 1999, c’est un « supertyphon » qui a ravagé l’état d’Orissa sur la côte est de l’Inde, fait plus de 10 000 morts et privé de toit 3 millions de foyers. Pour autant, les chiffres globaux masquent souvent des situations très contrastées d’un endroit à l’autre. Par exemple, le « supertyphon » de 1999 a eu un impact bien moindre sur l’île de Nasi (district de Kendrapara) pourtant proche des secteurs les plus touchés ; récemment, les habitants de l’île indonésienne de Pulau Seumpelu voisine de l’épicentre du séisme du 26/12/04 n’ont eu à déplorer qu’une centaine de pertes humaines alors que celles-ci se sont élevées à plusieurs dizaines de milliers dans d’autres lieux similairement peuplés. Pourquoi de telles différences ? Le point commun aux 2 cas précédents est la présence notable de peuplements de mangrove qui ont certes énormément souffert mais aussi efficacement dissipé la plus grande partie de l’énergie hydrodynamique incidente. En effet, une équipe de chercheurs japonais et vietnamiens a publié des résultats montrant qu’une mangrove suffisamment développée peut absorber jusqu’à 20% de l’intensité énergétique des vagues tous les 100 m. Lorsque les hôtels et les fermes aquacoles ont pris la place des forêts littorales, ils se sont mis en première ligne vis-à-vis des mouvements marins ; dès lors, le drame était inévitable (photo 1 : dégâts causés par le tsunami du 26 décembre 2004 à Banda Atjeh, Indonésie ; les infrastructures construites aux dépens de la mangrove ont favorisé la pénétration des vagues).

 

 Plus jamais ça ?

A mesure que la planète prenait conscience de l’ampleur du désastre, la réaction quasi-unanime qui prenait corps était : « Plus jamais çà ! ». Pour que ce cri du cœur ne soit pas qu’un vœu pieux, il faut analyser et comprendre ce qui s’est passé pour remédier aux failles et lacunes identifiées. Certes, il manquait un réseau d’alerte opérationnel à l’échelle de l’Océan Indien ; par ailleurs, la sensibilisation et l’éducation au risque des populations ont cruellement fait défaut. Ces 2 déficiences graves sont en passe d’être corrigées, même si le processus d’inculturation des comportements individuels et collectifs adaptés aux risques prendra plus de temps que la mise en place d’une coopération internationale pour surveiller l’océan en continu. Pour bien intentionnées qu’elles soient, il est permis de douter de l’efficacité de ces 2 mesures à elles seules ; en effet, elles sont globalement appliquées aux USA et au Japon, ce qui n’a pas empêché ces 2 pays de connaître une année 2004 record en ce qui concerne les indemnisations des dégâts liés aux catastrophes naturelles. En revanche, les Philippins semblent avoir mieux compris que d’autres qu’il vaut mieux adapter l’occupation et l’aménagement du territoire aux risques naturels, et profiter ainsi de la protection naturelle offerte par les formations végétales côtières. Ils ont même intégré cette préoccupation dans leur législation en rendant à terme obligatoire la création et/ou le maintien de « ceintures vertes » de plusieurs dizaines de mètres de large le long des côtes basses, dans le respect des potentialités et des équilibres écologiques propres à chaque site. Cela augure d’un salutaire changement de paradigme socio-économique où les vrais coûts et bénéfices environnementaux posent le cadre ultime au sein duquel tout le reste de l’activité économique pourra se déployer durablement.

Photo 2

Mangrove dévastée

Leçons à tirer… pour les Antilles

Notre contexte géographique est marqué par une dimension insulaire et archipélagique qui pose le double défi de la limitation physique de l’espace terrestre et de l’ouverture sur un espace maritime qui reste encore à apprivoiser. Nous sommes soumis à des aléas climatiques tropicaux similaires à ceux qui viennent d’être évoqués, et exposés aux mêmes risques géologiques inhérents à une zone de subduction (sismicité et volcanisme).L’actualité « récente », tant climatique (ouragans Hugo en 1989 et Lenny en 1999…) que géologique (Soufrière Hills de Montserrat depuis 1995, séismes des Saintes des 21/11/04 et 14/02/05, sans même parler de celui de 1843) doit nous engager à faire nôtres les recommandations formulées précédemment. L’importance de la prévention et de l’anticipation est cruciale en regard des coûts humain et matériel prohibitifs des mauvais choix que nous opérons, notamment sur le « long terme ». Dans cette perspective, une aide à la reforestation des cicatrices des passages de Hugo (photo 2 : mangrove dévastée par l’ouragan Hugo à Babin, Morne-à-l’Eau, et non encore reconstituée) et Lenny, ainsi que le reboisement des arrière-plages semblent tout à fait pertinents et s’inscriraient également dans une dynamique d’atténuation du, et d’adaptation au Dérèglement Climatique (effet retardateur sur les conséquences de l’élévation du niveau marin, effet protecteur contre les cyclones, développement de « puits » de carbone pour stabiliser les concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre…). En filigrane de tout ce qui précède se dessine une véritable refondation du rapport de l’Humanité à la Nature, où celle-ci serait de nouveau considérée comme une partenaire à part entière, qu’il est vital pour nous de perturber le moins possible sous peine de devoir léguer à nos descendants une dette insolvable.

Laissons donc les forêts côtières jouer pleinement leur rôle de régulateur des échanges de matière et d’énergie entre les milieux terrestre et marin ; en dépit de leur fragilité en face d’un tsunami, elles sont bien plus performantes que nous ne le serons jamais.

Dr. Jean-Marie FLOWER est Docteur en Sciences Environnementales

et Directeur du Conservatoire Botanique des Antilles-Guyane

Courriel : jean-marie.flower@wanadoo.fr

Jean-Marie FLOWER

 

 Littoral et aménagements

AMENAGEMENT LITTORAL ET SYSTEME D’INFORMATION GEOGRAPHIQUE VONT-ILS DE PAIRE ?

 Un Système d’Information Géographique ou S.I.G est un ensemble organisé de matériels informatiques, de logiciels, de données géographiques et de personnel capable de saisir, stocker, mettre à jour, manipuler, analyser et présenter toutes formes d'informations géographiquement référencées. En d’autres mots, c’est une base de données à caractère géographique.

L'information est géographique lorsqu'elle est liée à une localisation dans un système de référence sur le globe terrestre. On parle aussi de données localisées ou d'information à référence spatiale. L'information géographique est composée d'informations géométriques, descriptives et topologiques. Elle constitue une interprétation du monde réel.

 

SIG : Outil d’aide à la décision

La zone côtière est un espace extrêmement complexe dont le fonctionnement et l'évolution sont conditionnés par de multiples paramètres naturels et anthropiques qui interagissent à différentes échelles spatiotemporelles.

Dans nos îles, une grande partie de l’activité humaine se concentre dans les zones littorales : activités traditionnelles (pêche, navigation..), mais aussi activités nouvelles (loisirs, industrie, énergie..). Loin de se ralentir, le mouvement menace désormais ces régions riches, mais fragiles : l’accroissement des pressions (écologiques, économiques, sociales) et des conflits dus à l’accumulation d’un nombre croissant d’activités nécessite la mise en place de modes spécifiques de gestion, intégrant la gestion de l’espace littoral (qu’il soit marin ou terrestre), la gestion des activités socio-économiques, la prise en compte des aspects écologiques et culturels.

Néanmoins, de nombreux constats font état de la difficulté à disposer d'une vision synthétique des processus littoraux, indispensable aux prises de décision. Si on se réfère à l'expérience internationale dans ce domaine, il semble acquis que les avancées les plus significatives concernant la prise en compte des conditions écologiques, mais aussi humaines, se sont notamment appuyées sur les Systèmes d'Information Géographique. Outils scientifiques et techniques, ils établissent un lien tangible entre les différents compartiments du système étudié et synthétisent l'ensemble des progrès conceptuels et techniques réalisés dans le domaine de l'information géographique.

Plus près de nous, le Système d’Informations Géographique de l’agence des 50 pas géométriques de la Guadeloupe permet la réalisation de nombreux travaux qui, en apportant une information intégrant la dimension spatiale, aboutissent à une meilleure connaissance de sa zone de compétence et donc de son aménagement.

La spécificité de ce type système est la mise à jour régulière d’une base de données géographiques comprenant l’ensemble des périmètres d’études de l’agence. Ainsi le S.I.G,  alimenté par les enquêtes terrains de bureaux d’études spécialisés, permet de dresser un état exhaustif de ces périmètres avant leur aménagement. Le but est d’appréhender parfaitement le territoire et sa population avant de proposer des modèles d’équipements adéquats.

 

Pour ces missions l’agence dispose donc, de référentiels géographiques comme :

  • Les découpages administratifs et réglementaires (canton, districts, communes, découpage des 50 pas géométriques, etc.)

  • Les données topographiques (fonds IGN, scans25, relevés de géomètres, MNT)

  • Les données cadastrales (références cadastrales, limites de propriété, propriétaire, servitudes, etc.)

  • Les photographies aériennes et orthophotos (mise à jour 2004)

  • Données de base sur le milieu naturel (géologie, pédologie, hydrographie, etc.)

L’agence dispose aussi de données, sur les périmètres d’études, dont elle est propriétaire :

  • Relevés topographiques de géomètres (points cotés, voiries, réseaux, etc.)

  • Risques naturels (inondations, effets de site, aléas cycloniques, séismes, etc.)

  • Données sur le bâti (nombre, type, qualité, fonction, etc.)

  • Données socio-économiques (population concernée, niveau de vie, etc.)

  • Base photographique

Parmi les questions auxquelles peut répondre le Système d’Information Géographique :

  • Où ? : recherche spatiale d'objets par rapport à leur positionnement (ex : la parcelle AT456 est-elle dans les 50 pas géométriques ? est-elle située en zone naturelle ou urbaine ? est-ce une parcelle privée ou classée en D.P.M ? dans quelle commune ?, etc.)

  • Quoi ? : recherche de caractéristiques d'objets par rapport à leurs caractéristiques (ou sont les parcelles DPM de moins de 500 m2 ? ...)

  • Comment ? : recherche de relations qui existent entre différents objets, création d'une nouvelle information par croisement d'informations (quels sont les bâtiments situés dans des zones de risques cycloniques ? quelle sera la population concernée par un équipement à risque industriel ? ou sont situées les meilleures terres agricoles pour la patate douce ?, etc.)

  • Quand ? : recherche de changements intervenus sur les données (visualisation de l’importance de l’érosion côtière entre deux dates, expansion urbaine et «grignotage» des terres agricoles...)

  • Et si ? : définir en fonction de certaines hypothèses l'évolution du terrain (étude d'impact). Et si on construit un barrage, quel volume de forêt serait noyé ? Et si on implante un pylône de télécommunication, depuis quelles zones sera-t-il visible (inter visibilité )?

Gérer les zones côtières, c’est avant tout gérer l’espace : déjà âprement disputé sur le littoral terrestre, l’espace devient de plus en plus rare dans la bande côtière. Il est donc nécessaire de disposer d’une cartographie adaptée, et d’un tel outil qui permet :

  • De tenir un inventaire des données

  • D’afficher la répartition spatiale et temporelle d’un phénomène

  • De croiser des couches d’informations pour produire de nouvelles données

  • De réaliser des simulations et scénarii d’avant projet

  • De restituer ces informations sur différents supports (affichage écran, support papier à diverses échelles, internet, tableaux statistiques, etc.)

 En conclusion, le S.I.G est plus qu’un système de cartographie, il est avant tout un outil d’aide à la décision. C’est à-dire qu’il va faciliter la visualisation de concepts spatiaux nécessaires à la compréhension d’un phénomène et permettre de croiser les couches d’information pour aider à la prise de décision.

En somme, c'est un outil à connaitre pour mieux aménager le littoral…

 

Abdi ABDILLAHI

 

 Acteurs du littoral

Le C.A.U.E. : un acteur méconnu du littoral ?

 Un des enseignements retirés du colloque tenu le 07 décembre dernier sur le thème "Comment aménager, mettre en valeur et développer les zones côtières de la Guadeloupe "? a été de mettre en exergue la multitude d’acteurs œuvrant sur le littoral.

Dans un de nos précédents numéros nous avions déjà soulevé ce fait : beaucoup de monde s’occupent du littoral (conservatoire du littoral, administrations diverses,  agence des 50 pas, etc.).

Et le CAUE (comme c’est dans le titre, on va peut-être en parler) vient s’ajouter à la liste, penserez-vous... Ben… oui ! Et pas pour compliquer ou complexifier mais surtout pour conseiller et accompagner dans la gestion et l’aménagement de cette partie du territoire.

Tout ça c’est très bien, mais au fait, ça veut dire quoi C.A.U.E. ? ça fait quoi ? ça sert à quoi ? et c’est qui ?

Pour répondre à ces questions nous avons jugé plus simple et plus sympathique de poser ces questions au CAUE. Pour cela, nous avons rencontré Jack SAINSILY, directeur du CAUE de la Guadeloupe qui a aimablement accepté de répondre à nos questions.

Guadeloupe Littoral : pouvez-vous nous présenter votre organisme : qu’est ce
que les CAUE ?

Jack  Sainsily : Le Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement de la Guadeloupe, dont le but est de promouvoir la qualité de l'architecture, de l'urbanisme et de l'environnement avec le souci permanent de les adapter aux particularités locales, est une émanation de la loi sur l’architecture du 3 janvier 1977. C’est une association type loi 1901 donc de droit privé,  mais agissant en service public, au bénéfice de la population, en toute gratuité.

Il tient des permanences dans les communes et conseille les particuliers  ayant un projet de construction, d’aménagement, d’extension, de lotissement etc. Il accompagne les collectivités, élus et administratifs, dans les décisions qui ont trait à la qualité environnementale, architecturale et plus généralement au cadre de vie.

(http://www.caue971.org/missions.htm)

 

Guadeloupe Littoral : Qui participe aux CAUE ?

Jack  Sainsily :C’est de la volonté de l’état et des collectivités que sont nés les CAUE dès lors que l’architecture avait été définie comme étant une utilité publique. D’une manière générale, quatre représentants de l’Etat, deux personnalités qualifiées désignées par le Préfet siègent aux côtés de six élus désignés par le Conseil Général et six autres membres élus en assemblée générale et provenant de la société civile ; à ce groupe s’ajoute  un représentant du personnel. C’est la composition du CAUE.

Aujourd’hui après trente années d’existence des CAUE, nous nous attachons à mettre en œuvre une nouvelle gouvernance intégrant le Conseil Régional qui a  compétence en matière d’aménagement du territoire, d’inventaire et de sauvegarde du patrimoine, d’environnement etc. Par ailleurs, nous associons les collectivités territoriales ainsi que les maîtres d’ouvrages qui le souhaitent (bailleurs sociaux, privés et autres promoteurs...)
N’importe quel organisme ou particulier peut faire sa demande d’adhésion lors de l’assemblée générale pour participer à la vie du CAUE.

Les conditions d’adhésion sont indiquées dans notre site . Autrement, le CAUE que j’ai l’honneur de diriger est composé d’une équipe de 6 permanents et  d’une douzaine de conseillers consultants  présents dans  un vaste réseaux d’architectes et urbanistes prêts à intervenir. D’autre part, le CAUE Guadeloupe appartient lui-même au  réseau de la FNCAUE comprenant 89 CAUE dont les plus proches sont ceux de la Martinique et de la Guyane.

Guadeloupe Littoral : Comment les CAUE en général, et celui de Guadeloupe en particulier, interviennent sur le littoral?

Jack  Sainsily : La quasi totalité des centres bourgs ou agglomérations de la Guadeloupe à l’exception de Saint-Claude  sont fondés sur le littoral. Aussi, conseiller et accompagner les acteurs de la construction impose une action touchant le  littoral. Cependant depuis la création de l’Agence des 50 pas géométriques, et des actions de Résorption d’Habitat Insalubre entreprises par l’Etat et les collectivités, le CAUE trouve d’autre partenaires dans l’accompagnement tant des particuliers que des collectivités. Toutefois, la pluridisciplinarité qui réside au sein de l’équipe du CAUE et de ses réseaux, ( fait de lui un partenaire privilégié et qui se devrait d’être incontournable, dans l’intérêt du Conservatoire du littoral,  de l”agence des 50 pas, et plus généralement de tous les maîtres d’ouvrage . incontournable d’autant plus que nous sommes  à l’heure où le développement durable est de rigueur et l’approche environnementale dans l’urbanisme, un impératif. La loi SRU attire l’attention sur l’accompagnement dont peuvent bénéficier les collectivités territoriales, notamment en matière d’animation et de concertation nécessaires dans l’élaboration des documents d’urbanisme ou de leurs projet.

L’action du CAUE en plus d’être gratuite, est totalement désintéressée, elle est pédagogique et ne s’inscrit pas dans le champ concurrentiel ; elle n’est pas soumise au code des marchés publics pour la passation de conventions avec les personnes publiques ou adjudicataires. Ainsi notre repositionnement  sur nos missions premières augure de bons partenariats.


Guadeloupe Littoral : Quelle est l’actualité du CAUE Guadeloupe ?

Jack  Sainsily : Après le décès de notre ancien directeur André GUNOT, la réorganisation  du CAUE s’est opérée grâce à la volonté des collectivités territoriales qui, dans le cadre de la décentralisation, ont bien saisi l’intérêt de renforcer les missions du CAUE. De plus, les opérations que nous avons menées, d’abord l’enquête QUALISTAT auprès de la population puis le séminaire : «  Regards croisés Vers une nouvelle stratégie d’aménagement pour un meilleur développement de la Guadeloupe » que nous avons initié avec  divers organismes partenaires )  montrent bien qu’il existe une  attente réelle  de nos populations, d’où la nécessité de renforcer au delà de ses actions, les missions de bases du CAUE (Informer, conseiller, accompagner et former).

Guadeloupe Littoral : à quelle adresse les personnes intéressées peuvent-elles joindre le CAUE ? quelles sont vos coordonnées ?

Jack  Sainsily : D’abord le CAUE dispose, vous l’avez compris,  depuis quelques jours d’un site web (http://www.caue971.org), où un forum permanent est animé par nos conseillers. Nous disposons aussi d’une adresse Internet (contacts@caue971.org), sur laquelle n’importe qui pourra  joindre en instantané notre accueil. Nous aurons un numéro vert qui remplacera notre numéro actuel, le 0590 81 83 85 ou notre mobile (0690 56 88 23) ; le fax est le0590 81 74 76. Ces coordonnées vous orienteront  vers le conseiller le mieux indiqué pour répondre à votre sollicitation. Enfin, en vous renseignant à la mairie de votre commune ou en allant sur le site http://www.caue971.org/permanence.htm, vous pourrez localiser la prochaine permanence et rencontrer un de nos conseillers à votre disposition en toute gratuité, nous insistons.

Pour finir, vous me permettrez de témoigner à Guadeloupe Littoral et à l’agence des 50 pas géométriques de la Guadeloupe, notre entière gratitude et de rappeler ici que nos services ne cesserons de coopérer avec tous les partenaires œuvrant à la promotion de la qualité architecturale, de l’urbanisme de l’environnement et du paysage dans une complémentarité intelligente.

Jack Sainsily est Architecte D.P.L.G. (diplômé par le gouvernement  en 1982). Urbaniste Opérationnel de l’Université de géographie tropicale de Bordeaux III, DPEA parasismique Université de Marseille LUMINY, Conseiller en affaires Européennes (POI 2007-2013) MAPROC 2005.
Spécialisé dans l’approche  environnementale et le développement durable, gestion de patrimoine, etc. Président honoraire, fondateur de la Fédération Caribéenne d’Association d’Architectes regroupant 17 pays. Actuel membre du comité exécutif, en qualité de Vice président, de la fédération panaméricaine d’association d’architectes (FPAA) regroupant plus dune quarantaine de pays d’Amérique du Canada à l’Argentine, et la Caraïbe.

Guadeloupe Littoral®

 

Du côté de la loi

 Il n’y aura pas de  salamalecs. D’aucuns posent encore la question  de savoir si l’action des agences pour la mise en valeur de la zone dite des cinquante pas géométriques se traduit uniquement par la régularisation des occupations foncières irrégulières (c’est à dire illicites au regard de la loi) ou si ces établissements publics ont d’autres missions. Répondre à cette question permet de mieux positionner les agences et de mieux appréhender le rôle qu’elles sont amenées à jouer dans leurs départements respectifs.

L'objectif de mieux situer les agences vient d’une volonté et de plusieurs constats.

Tout d’abord, les agences étant des structures jeunes et à la durée de vie limitée, il convient, pour accroître leur efficacité, d’affirmer leur présence parce qu'elles sont peu ou mal connues.

Ainsi, en Martinique, les résultats d’une enquête de notoriété auprès de 500 occupants de la zone des 50 pas géométriques et d’une quarantaine d’élus ou d’administratifs, montrent que 4% des personnes interrogées ont pu indiquer avec une relative précision le contenu des actions de cet établissement public martiniquais.  A contrario, en Guadeloupe,  la simple allusion  à la zone des cinquante pas géométriques renvoie à l’Agence, de façon quasi-automatique, et ce, même si cela ne concerne pas ses missions !

En fait, c’est la loi n° 96-1241 du 30 décembre 1996, relative à la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques qui a créé les agences.

Cette loi poursuit en fait plusieurs objectifs. L’un d’entre eux consiste à permettre, sous conditions, aux occupants sans titre (c’est à dire illégaux pour parler vulgairement), de régulariser leur situation sur cette bande des 50 pas géométriques. Si l’on s’arrête à ce stade il est vrai que la mission d’aménageur des agences ne saute pas aux yeux. Par contre-coup, cette lecture inattentive de la loi pourrait conduire à restreindre l’activité de l’établissement public à un simple guichet de réception et de traitement de dossiers de régularisation.

Donc, ne nous laissons pas distraire et poursuivons notre lecture du texte. L’article 4 de cette même loi 96-1241 définit les agences comme des « instruments de coopération entre l’Etat et les communes ». et l’article 5 indique que les agences réalisent des programmes d’équipement sur les espaces littoraux urbanisés, et que dans ce cadre elles s’assurent, en toute logique, de la compatibilité des cessions envisagées par les administrations gérant le domaine de l’Etat avec ces programmes..

De plus, un texte moins connu, la circulaire n° 2002-49 UHC/IUH3/21 du 25 juillet 2002 (c’est de l’hébreu, je sais, mais c’est la référence exacte !) indique que l’établissement de programmes d’équipement sur le littoral urbain est une mission obligatoire et prioritaire des agences. Voilà ainsi les ambiguïtés levées et les agences inscrites dans un rôle d’aménageur (ou d’architecte en chef diront certains) du littoral urbain. Le législateur a donné aux agences un droit de regard sur les cessions en prévoyant que les agences donnent un avis sur les dossiers de demande de cession recueillis par les services de l’Etat. A charge pour les services de l’Etat de suivre ou non ces avis…

Pour respecter ce rôle d’instrument de coopération entre l’Etat et les communes, le programme d’équipement établi est soumis aux élus car « le Maire reste maître sur son territoire » après tout. Allez donc demander à un maire, et vous verrez ce qu’il vous dira… 

A partir de ce moment, c’est « buffet libre » : soit l’agence conventionne avec les communes et réalise les travaux en maîtrise d’ouvrage directe, c’est à dire qu’elle se charge de tout et remet les clés aux maires (moyennant une participation financière de la commune et d’autres financeurs…), soit la commune veut disposer, pour des raisons diverses, de la maîtrise d’ouvrage et confie à l’agence un mandat pour la réalisation, soit, enfin, la commune veut absolument réaliser elle-même le programme et se passe des agences.  Ouf !

Pour enfoncer ce clou d’aménageur particulier et original de la zone des 50 pas géométriques, le législateur (dans sa grande sagesse) a fait émerger une notion spécifique et en a confié le traitement aux agences: celle de l’habitat spontané.

La difficulté provient de ce que ce même législateur a bien dit qu’il fallait délimiter des quartiers d’habitat spontané (le Préfet en a la charge) mais il n’a pas été jusqu’au bout du raisonnement en indiquant, ou en faisant allusion, à la procédure à suivre afin de résorber ces Q.H.S !

Par conséquent, il faut inventer. Et cette invention, comme la plupart des innovations a un coût, et il faut réussir à lui faire une place dans l’arsenal budgétaire européen, national et local. Il s’agit là de la mission la plus, sinon impossible, du moins inattendue des agences!

Si les financeurs potentiels, autres que les agences, font preuve de l’audace novatrice que l’on est en droit d’attendre, le pari de la mise en valeur de nos zones côtières sera gagné et les agences pourront jouer le rôle qui est le leur, celui d’un aménageur, car de valoriser à aménager il n’y a qu’un pas, et non cinquante !!!

Rony Saint-Charles

 Brèves

UN PROF DE PRESTIGE EXPOSE LA GIZC

Et comment le Recteur « aiguise » l’esprit critique des étudiants en prépa sur le thème de la GIZC

C’est en tant que géographe, professeur d’Université et spécialiste de l’espace littoral et de la Gestion Intégrée des Zones Côtières (GIZC) que le Recteur, Alain MIOSSEC, s’est adressé, jeudi 14 février, aux étudiants de classe prépa du lycée GERVILLE REACHE.

Durant toute son intervention, le Recteur s’est attaché à provoquer l’esprit critique des étudiants en évoquant tour à tour les effets « positifs » de certaines pollutions pétrolières, la responsabilité relative de l’Homme dans les changements climatiques, la légitimité de chacun (naturalistes comme entrepreneurs) à occuper le littoral…

Le message était clair : pratiquer la GIZC, c’est-à-dire trouver l’équilibre entre la protection de l’environnement et le nécessaire développement économique de nos sociétés, n’est pas choses aisée.

Comment maintenir des acteurs aux intérêts divergents sur cet espace restreint et convoité qu’est le littoral ? Comment gérer les conflits d’usage ?

En rassemblant autour d’un projet commun ? Oui, mais lequel ?

Voilà tout l’enjeu et la difficulté de la GIZC : SE RASSEMBLER POUR CREER ENSEMBLE.

 

 

BOIS JOLAN ET LES GALBAS : DU NOUVEAU SUR LE LITTORAL DE ST-ANNE

Mardi 13 février, une délégation composée du Maire de Sainte Anne, du Sous-préfet, de la DDE, du Conservatoire du Littoral et de l’Agence des 50 Pas Géométriques, s’est rendue sur le littoral saintannais.

Au programme :

  • le point sur les travaux de Bois Jolan

  • l’esquisse d’un projet pour la mise en valeur du secteur des Galbas

Bois Jolan en travaux

« Si on ne fait rien sur Bois Jolan, dans 10 ans, il n’y aura plus de plage ».

Sur la base de ce constat dressé par l’équipe municipale que nous pouvons que rejoindre, le Conservatoire du Littoral a pris les choses en main. Les travaux engagés et le projet développé se limitent à la bande étatique des 50 Pas Géométriques : faute de maîtrise foncière, le Conservatoire du littoral n’a pas pu envisager de solutions alternatives. Mais l’objectif essentiel est bien atteint, les aménagements ne permettent plus la circulation motorisée sur la plage. Que les plus sceptiques se rassurent, si Bois Jolan leur apparaît aujourd’hui comme une vaste étendue de tuf et de terre labourée, demain la nature reprendra ses droits et la plage offrira un espace encore plus agréable à fréquenter qu’auparavant.

La suite des travaux est programmée pour avoir lieu après les fêtes de Pâques.

 Les Galbas en projet

Situé au niveau du port de pêche, entre la plage de la Caravelle et la plage communale, les Galbas constituent un secteur à forts enjeux économiques et touristiques. Afin d’organiser et de valoriser de façon optimal ce quartier, le Maire a demandé à l’Agence des 50 Pas de réaliser une étude et un plan d’aménagement sur la zone. Réhabiliter le sentier littoral et fixer les activités économiques en place semblent être les partis pris retenus. Affaire à suivre.

 

Audrey MILLET

 

 Environnement Littoral

REJET DES EAUX DE LA CENTRALE GEOTHERMIQUE DE BOUILLANTE : QUEL RISQUE POUR LA VIE MARINE ?

Le  20.02.07 (15 heures)  à la sortie du rejet en mer des eaux de la centrale Géothermique de Bouillante.

La mer est peu agitée avec une houle entrante orientée Sud Ouest, vitesse 3/4 nœuds. Les dernières pluies datent de 4 jours. Aucune pluie est prévisible. Les Conditions météorologiques sont bonnes avec une luminosité moyenne. Une forte odeur de souffre se fait sentir à proximité du rejet en mer. La température de l'eau est légèrement plus élevée en surface (environ 28/29°C) et forme des courants; à -5 mètres, elle est autour de 25 à 26°C.

Les photos sous-marines présentent l'état de la mer après le rejet des eaux de la centrale

La photo ci-dessous (à -2 mètres) est prise devant la grille fermant la canalisation du rejet. On y voit des couché-soleil (abudefduf saxatilis) et un banc de castagnoles brunes (chromis multilineata).

La photo ci-dessous est prise au même endroit, face au large, à 180° de la photo ci-dessus. Aucune forme de vie fixée n'est présente, juste un amas de coraux morts (porites porites) depuis longtemps.

La photo ci-dessous (à -3,5 mètres) est prise à une dizaine de mètres de la sortie du rejet dans le courant chaud, une pierre jonche le sol parmi d'autres. Elle est recouverte de souffre concrétionné.

La photo suivante (à -5 mètres) est prise à une vingtaine de mètres de la sortie, toujours dans le courant chaud, et toujours aucune forme de vie fixée. On y trouve quelques rares labres (halichoeres radiatus) et autres perroquets de sable.

La photo ci-dessous (à -5 mètres) est prise au dessus d'un amas de coraux morts (porites porites). On peut y voir quelques vers spirographes fixés (sabelle magnifique), la flore encroutante est fixée depuis très longtemps bien que le support ne soit pas recouvert complètement.

 

La photo ci-dessous (à -5,50 mètres) montre une sortie d'émanation gazeuse naturelle. Dans cette zone, chaque mètre carré est parsemé d'un ou de deux trous.

La photo ci-dessous (à -7 mètres) est prise aux abords du courant chaud à une cinquantaine de mètre de la sortie des rejets, on commence à trouver quelques formes corallifères  (gorgone balais, gorgone arborescente type noueuse). La vie reste rare.

 

François CERLES

 

DU NEUF A VIEUX-FORT !

Les innombrables joggers et joggeuses (oups !, pardon, il faut dire les coureurs et coureuses) l’ont remarqué : ils seront désormais protégés de la circulation grâce aux protections mises en place sur la route de Rivière-sens jusqu’au site des Trois Pointes.

Votre bimestriel vous en parlera dans deux mois, un peu plus longuement…

 

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