Remerciements
Les
auteurs de cette étude tiennent à remercier toutes
les personnes qui ont apporté leurs concours à sa
réalisation dans les huit pays étudiés : Barbade,
Dominique, République Dominicaine, Guadeloupe,
Jamaïque, Puerto Rico, Saint Martin, partie
hollandaise et Sainte Lucie.
Une
pensée particulière est adressée à Monsieur Harry
ARNOUX, Directeur de l’Agence des 50 pas
géométriques de la Guadeloupe qui était à l’origine
de cette étude avec sa dimension caribéenne voire
internationale.
Charbel
Macdissi
Professeur
des universités
INTRODUCTION
GÉNÉRALE
Dans
la Caraïbe, où les pays sont des anciennes colonies
de la France, la Grande Bretagne, les Pays-bas, la
Belgique et l’Espagne, on peut observer un modèle
quasi identique de propriété des terres côtières.
Par exemple et par comparaison aux 50 pas
géométriques de la Guadeloupe, la terre
côtière à Sainte Lucie est possédée par le
gouvernement et forme la chaîne de la Reine ou « the
cinquant pas de la reine, the Queens 50 paces ».
Cette terre est constituée de 186 pieds ou 56,69 m
vers l'intérieur des terres à partir de la marée
haute (high water mark). Le but de cette réservation
côtière, datant de l’occupation française de l'île,
était principalement pour le positionnement des
forteresses pour la défense de l'île mais aussi pour
construire des villes et des villages comme le
mentionnait Lefort de La Tour en 1787 (Macdissi,
2004). La chaîne de la Reine concerne toute la côte,
excepté la partie des grandes villes (par exemple
Castries, Soufrière). Comme politique générale, la
terre de la chaîne ne peut pas être achetée,
seulement louée, bien qu'il y ait quelques
exceptions où des parties de la chaîne de la Reine
ont été vendues. Les personnes, souhaitant exploiter
la terre de la chaîne, doivent posséder la terre
adjacente. Cependant, les problèmes surgissent
parfois, quand les personnes qui ne possèdent pas
les terres adjacentes sollicitent l'utilisation de
la chaîne et ne consultent pas les propriétaires de
terres voisines. La limite de la côte (landward) de
la chaîne n'est pas une ligne prédéfinie, excepté où
des baux ont été publiés auparavant. Les frontières
de la chaîne de la Reine doivent être établies par
le gouvernement, et resteront en place même s'il y a
un recul principal du littoral (cas du passage
d’ouragan). Sainte Lucie a une grande partie de sa
terre côtière propriété du domaine public,
permettant de ce fait un plus grand contrôle de la
planification du développement des plages.
S’agissant de Haïti, qui était également sous
occupation française, le modèle de propriété des
terres côtières est identique. En effet, nul ne peut
posséder la terre à moins de 16 m de la marée haute,
soit l'équivalent de la loi française : « Les Quinze
Pas du Roi ». Il y a, cependant, peu d'application
de cette loi comme pour tant d’autres conduisant
ainsi à une surexploitation des ressources côtières.
Les règles en vigueur se référent à l’article 36-5
de la Constitution « le droit de propriété ne
s’étend pas au littoral, aux sources, rivières,
cours d’eau, mines et carrières. Ils font partie du
domaine public de l’Etat. » Nous pouvons nous
référer également au décret du 22 septembre 1964 et
à l’article 443 du code civil haïtien.
Dans
certaines îles qui étaient sous occupation
britannique, la propriété des terres côtières se
prolonge jusqu’à la marée haute. Dans les cas d’un
changement dans le littoral, et à moins qu'il y ait
de législation spécifique dans une île particulière,
le droit commun anglais est appliqué ; il prévoit un
changement de la frontière côtière de la propriété
dans le cas où ce dernier est à caractère
progressif. Un changement soudain de la frontière de
la propriété, comme dans le cas d’une réclamation ou
d'une nouvelle structure de défense, ne change pas
la frontière.
A
Tobago, Grenade, Saint Vincent et Grenadines et
Dominique, des commissionnaires ont été nommés
pour surveiller les îles après leur passage sous
l’autorité anglaise en 1763. Cette dernière a
autorisé la vente des terres de la Couronne sauf
quelques exceptions y compris les terres définies
comme nécessaires pour établir des fortifications et
autres constructions militaires. Les
commissionnaires ont réservé toutefois une partie de
la terre côtière allant jusqu’à trois chaînes(198
pieds ou 60,35m) à partir de la marée haute (high
water mark) ; cette décision connue sous le nom
« the Queen’s three chains » s’étend sur toutes les
côtes de l’île.
Cette
terre n’était pas à vendre mais pour l’usage des
propriétaires des plantations voisines. En 1856, une
loi a été promulguée considérant que ces terres sont
assujetties à des réservations spécifiques y compris
le droit pour l’Etat d’ériger des installations
militaires ou toutes autres constructions militaires
de nature publique sur n’importe quelle partie de
ces terres sans payer des droits compensatoires
ainsi que le droit d’accès du public sur une route
menant à ces dites terres.

Dans
d’autres pays de l’OECS, Organisation des Etats de
la Caraïbe Orientale, comme Antigua et Barbuda,
Anguilla et Dominique, il existe des lois sur le
contrôle des plages créant un pouvoir de protection
du littoral sur une distance n’excédant pas 50 yards
soit 45.70 m depuis les végétations ou les
frontières côtières des villages.
A la
Jamaïque, les permis accordés sous la Loi des
contrôles des plages ont attribué une utilisation
exclusive du littoral et du fonds marin à quelques
concessionnaires, qui ont empêché d'autres
utilisateurs d’accéder à la plage et à la mer dans
le secteur couvert par la licence. Bien qu'aucun
autre nouveau permis exclusif ne soit accordé, un
grand nombre de ceux accordés sont renouvelés
annuellement et restent légalement en vigueur. Il
s’agit là d’une source de conflit, d'autant plus que
le public est convaincu qu'il a le droit d’accéder
au littoral, même s’il s’agit des terres privées. En
outre, plusieurs des meilleures plages sont sous
contrôle privé. Une nouvelle politique de plage,
prenant en considération cette situation, a été mise
en place à la Jamaïque.

A la
République Dominicaine, la loi 305 de 1968 a
modifié l’article 49 de la loi 1474 de 1938 pour
définir la frange maritime comme la partie de la
côte qui se trouve à 60 m de la pleamar (marée
haute). La loi 186 de 1967 a établi dans les mêmes
conditions la zone de la mer sur le territoire de la
République Dominicaine. Il faut citer également
l’article 147 de la loi 64 de 2000 sur
l’environnement et les ressources naturelles. Les
règles s’appliquent quasiment de la même manière
comme dans les autres pays de la Caraïbe :
Interdiction, autorisation préalable, licence,
vente, accès du public aux plages.
Ces
dernières années, les règles ont concerné le
développement touristique de la République
Dominicaine comme par ailleurs dans la plupart des
autres îles de la région.

Concernant Porto Rico, la zone
maritime-terrestre est définie par la « loi de
Muelles y Puertos » de 1968 comme étant l’espace de
la côte de Porto Rico couverte par la mer dans ses
flux et reflux sensibles aux marées y compris les
terres construites sur la mer. Il s’agit de la Loi
n° 151 du 28 juin 1968. on peut citer également la
section de 6217 de la Coastal Zone Act
Reauthorization Amendments de 1990.
Quant à
Cuba, toutes les terres sont propriétés de
l’Etat. Il n’y a pas d’ambiguïté sur la propriété et
l’utilisation du littoral.
A
Belize, les règles sont issues du National Lands
Act, chapitre 191, révisé en 2003 et qui considère
les plages comme faisant partie intégrante du
domaine public national. Cette loi définit comme
partout ailleurs dans les autres pays de la Caraïbe,
les exceptions, les autorisations, les licences, les
ventes, les compensations, les amendes, etc.

Pour
Guyana et le Surinam, il faudra se
référer aux lois sur la protection de
l’environnement et la pollution de la mer comme, par
exemple, à Guyana, the « Water management and Flood
Control Policies ». En effet pour ces deux Guyanes,
respectivement Anglophone et Néerlandophones, il n’y
a pas vraiment du « Beach Control Act » comme dans
les autres pays de la région à cause de la forme et
de la constitution du littoral. C’est la même chose
en ce qui concerne la Guyane française.
Bonaire, Curaçao et Saba font partie d’un
programme de l’Unesco qui regroupe un grand nombre
d’autres pays de la région comme Jamaïque, îles
Cayman, Belize, Margarita, Trinidad et Tobago,
Barbade, Sainte Lucie, Porto Rico, République
Dominicaine, Haïti, Cuba, Bahamas, Bermudes… et
qui s’appelle CARICOMP (Caribbean Coastal Marine
Productivity Program) et qui porte sur la
biodiversité et les écosystèmes.
Les
plages sont protégées et l’accès est libre avec une
réglementation qui veille à l’attribution des
autorisations, licences, ventes….
Il
faudra citer également le programme « Managing beach
resources and planning for coastline change :
Caribbean islands » auquel participe un grand nombre
de pays de la région, outre ceux cités auparavant,
British Virgin Islands, Anguilla, Antigua et
Barbuda, Dominique, Grenade, Montserrat, Saint Kitts
et Nevis, Sainte Lucie, Saint Vincent et Grenadines,
Turks et Caicos et US Virgin Islands.
Aruba, Saint Eustache et Saint Martin, ont des
lois quasi identiques aux autres pays de la région
eu égard à leur développement touristique et à leur
appartenance aux Pays-Bas. En effet, les quatre
ensembles de la Caraïbe francophones, anglophones,
néerlandophones et hispanophones ont puisé leurs
lois dans les mêmes sources avec des variantes pour
chaque pays. Les principales lois sont celles
relatives aux terres, à l’environnement, aux plages,
à la pêche, au tourisme, à l’aménagement du
territoire et à la propriété en particulier.
Il y a,
en effet, plusieurs cas de figure dans la propriété
des terres côtières en passant de la propriété
privée à la propriété usuelle dans les différentes
îles de la Caraïbe. Cependant, il y a des points de
similitude concernant des conflits, dont beaucoup
sont un résultat direct du développement touristique
et industriel du littoral.
Ce
dernier est la
région qui se
trouve au bord d'une
mer, d'un
océan, d'un
lac et qui s'étend
de quelques
mètres à plusieurs
kilomètres de part
et d'autre de la limite entre terre et eau.
La
proximité de l'eau développe un environnement
particulier :
dunes,
galets,
falaises,
estuaires...
donnant naissance à un
microclimat
spécifique au littoral.
Les
zones
estuariennes, les
côtes
sableuses ou
rocheuses, les
zones humides et les
marais maritimes,
présentent bien souvent, en plus de leurs attraits
écologiques, des
intérêts
économiques.
« Plusieurs facteurs contribuent à fragiliser le
littoral : les pressions anthropiques croissantes (urbanisation,
pollution,
densités élevées de
population, développement des activités
industrielles et
touristiques), les
mouvements géomorphologiques naturels (notamment le
recul du trait de côte) et l'occurrence des
phénomènes
climatiques
extrêmes liés au changement climatique. Le recul des
falaises hautes
normandes et picardes, de 6 m en moyenne sur la
période 1966-1995, en est une illustration, comme la
dégradation des récifs coralliens en
outre-mer ou encore
le déclin de la
mangrove ».
D’où la
nécessité de mettre en place une gestion côtière ou
encore une gestion intégrée des zones côtières (GIZC)
qui est une approche recommandée pour la gestion de
l'espace et des ressources du
littoral dans
laquelle sont pris en compte simultanément tous les
enjeux terrestres et marins tout comme naturels et
sociaux.
« La
GIZC est un concept né lors du
sommet de la Terre
de
Rio de Janeiro en
1992, elle
correspond aux recommandations de l'Agenda
21 (Action 17) pour le
littoral et
s'inscrit ainsi dans la notion du
développement durable.
Une
démarche de GIZC, propose de réaliser une
approche globale
d'un
territoire littoral
selon 3 niveaux fondamentaux :
-
Le
contexte physico naturel
-
Le
contexte économico social
-
Le
contexte juridico administratif
A
l'issue de cette approche, un diagnostic est réalisé
incluant les forces et les faiblesses ainsi que les
problèmes et les opportunités du territoire
concerné.
L'objectif final de la GIZC est de mettre en place
des outils d'autorégulation permettant de garantir
l'équilibre entre les différentes activités et les
équilibres naturels dans un but de
durabilité ».
Les
petites îles ont des larges zones côtières
comparativement à leurs superficies totales, ce qui
leur confère des zones côtières importantes à gérer.
L’environnement côtier mais également
l’environnement socioéconomique et culturel sont
très importants. Les conflits, dus en particulier au
partage de l’espace côtier, sont amplifiés par le
caractère dense de la population et le développement
des activités économiques comme le tourisme.
L’UNESCO
a mis en place l’IOC (Intergouvernemental
Oceanographic Commission) en vue d’étudier les
océans et les zones côtières avec trois axes :
Ce
projet fait partie du programme intergovernmental
MAB (Man and the Biosphere) en relation avec l’IGBP
(International Geosphere-Biosphere Programme) et le
LOICZ (Land-Ocean Interaction in the Coastal Zone)
et contribue au “Global Coral Reef Monitoring
Network”.
Un
certain nombre d’autres initiatives doivent être
mentionnées comme :
-
UNESCO CSI (Coastal Regions and Small Islands)
(environnement et développement dans les régions
côtières et les petites îles) mis en place en
1995-1996;
-
COSALC (Coast and Beach Stability in the
Caribbean Islands);
-
FOPROBIM (Fondation pour la Protection de la
Biodiversité);
-
CGZC
(Fondation Caribéenne pour la Gestion des Zones
Côtières).
Selon la
CSI de l’UNESCO, « la gestion intégrée des zones
côtières regroupe un large éventail de sujets,
d’approches, de disciplines et de zones
géographiques. En conséquence, il est très difficile
de donner un cadre cohérent qui s’applique à la fois
au niveau conceptuel et à celui de la mise en œuvre
sur le terrain.
Les
schémas et organigrammes mis au point à un niveau
théorique ou au début d’un projet n’éclairent pas
forcément celui chargé de la gestion des zones
côtières qui doit faire face à la réalité de prise
de décision rapide en présence de peu ou pas
d’informations.
La GIZC,
sans des connaissances théoriques reconnues ou de
principes de base, est très difficile à mettre en
œuvre sur le terrain. Trop souvent la seule forme
d’évaluation est l’autoévaluation qui, en général,
est favorable mais ne fait pas nécessairement
avancer le processus de gestion.
Bien
qu’il soit reconnu que la GIZC est
interdisciplinaire et intersectorielle, les bases
fondamentales de la science et les méthodes
scientifiques sont trop souvent oubliées et les
connaissances et pratiques de gestion locales
indigènes ignorées.
Parfois,
aussi, ceux impliqués dans la GIZC, se concentrent
plus sur le processus ou l’outil, qu’il s’agisse
d’une approche participative ou de systèmes
d’information géographique, et perdent de vue le but
essentiel, c’est-à-dire la gestion durable des
activités humaines dans les zones côtières ».
Il
s’avère alors indispensable de définir, concernant
la gestion intégrée, un cadre international, des
objectifs très clairs et de mettre en place des
pratiques éclairées comme l’a recommandé l’UNESCO
dans l’atelier organisé à Paris du 30 novembre au 4
décembre 1998 et intitulé «Vers des pratiques
éclairées pour le développement des régions côtières
».
S’agissant du cadre politique international des
efforts intégrés et intersectoriels en faveur du
développement durable des régions côtières, quatre
éléments fondamentaux sont à prendre en
considération :
-
La
Conférence de 1992 des Nations Unies sur
l’environnement et le développement qui a
conduit à la déclaration de Rio et à l’agenda 21
(chapitre 17)
-
La
Conférence mondiale des Nations Unies sur le
développement durable des petits états
insulaires en développement ou PIED qui s’est
tenue à la Barbade en 1994.
-
La
« Convention sur la biodiversité » et le
« Programme mondial d’action pour la protection
de l’environnement marin à partir des sources de
pollution terrestre ».
-
Le
« Congrès Panafricain sur la gestion intégrée
durable des zones côtières » ou PACSICOM qui
s’est tenu à Maputo, Mozambique, en 1998.
Concernant les objectifs et les pratiques et en se
fondant sur le principe des 50 pas géométriques ou
son équivalent dans la Caraïbe, cette étude tentera
de mener une analyse comparative et d’en apporter
des éléments de réponse. Elle portera sur huit pays,
la Barbade (anglophone), la Dominique(anglophone),
la République Dominicaine (hispanophone), la
Guadeloupe(francophone), la Jamaïque (anglophone),
Puerto Rico (anglophone et hispanophone),
Saint-Martin (partie hollandaise, néerlandophone) et
Sainte Lucie (anglophone). Ils sont considérés
suffisamment représentatifs au regard de l’histoire
des 50 pas géométriques, des comportements et des
règles appliquées dans la Caraïbe.
La
problématique sera axée, dans un premier temps, sur
une recherche historique, géographique et juridique
concernant la zone des cinquante pas géométriques.
Elle portera sur la recherche de l’existence d’une
bande côtière particulière et comparable à celle des
50 pas et sur les règles spécifiques qui sont
appliquées dans cette zone. Si les lois existent et
sont nombreuses, des exceptions ont été accordées
de tout temps, soit pour des raisons économiques,
soit pour régulariser des situations, soit par
simple politique du « laisser faire ». A qui
appartiennent alors, les terres situées sur le
littoral ?
Pour
chacune des îles, la zone côtière est assujettie à
des contraintes naturelles et économiques et les
gouvernements respectifs cherchent à mette en place
des règles juridiques permettant l’utilisation ou la
privatisation des terres côtières, tout en
maintenant l’usage public des plages. Quelle sera
alors la politique d’aménagement du territoire ?
Quelles sont les politiques de protection des
espaces naturels du littoral ? En reprenant les
grandes lignes des politiques d’aménagement du
territoire, les applications législatives seront
étudiées. Quelles sont les politiques économiques en
général ? Comment sont réparties les ressources ?
Aujourd’hui, l’usage du littoral est multiple. On
trouve : les ports où arrivent les bateaux de
marchandises et les bateaux de croisière, les ports
de pêche, les complexes touristiques, les villages
et les villes, les complexes hôteliers, les
exploitations de sable et autres minéraux, les
plages de loisirs et de sports nautiques….Tous les
acteurs, utilisateurs du littoral, ont des intérêts
différents et parfois opposés. La politique
d’urbanisation et d’environnement du littoral prend
alors tout son sens. Existe-t-il des règles
d’urbanisme et de construction spécifiques pour les
terrains du littoral ? Une gestion intégrée devient
nécessaire pour préserver l’économie de l’île, son
développement, son environnement. Ces dernières
années, les pays ont mis en place des outils de
gestion et de contrôle des zones côtières.

En
outre, les îles sont généralement de dimension
modeste, et la croissance de l’économie touristique
depuis une vingtaine d’années, a fait prendre
conscience à chaque pays, du potentiel économique
fondé sur une gestion durable du littoral. Les îles,
et particulièrement les plus petites, ont un
écosystème fragile. A leur passage, certains
ouragans ont détruit des côtes entières. Ces
dernières jouent un rôle très important dans le
développement des îles. Chaque secteur économique
trouve un intérêt dans la zone côtière, et désire
exploiter la côte dans l’espoir de gains rapides.
Les îles doivent donc lutter contre cette tentation,
pour ne pas sacrifier l’essor futur de cet « or
blanc » qui représente un pourcentage significatif
de leurs ressources naturelles.
Les îles
en général et celles de la Caraïbe en particulier
s’intéressent alors à la gestion du littoral, son
maintien, son devenir. Comment instituer un cadre
général pour l’utilisation des sols et l’aménagement
du territoire permettant d’élaborer des projets
sectoriels spéciaux et détaillés (pour les zones
protégées, l’agriculture, les forêts, l’habitat
social, l’aménagement rural, par exemple), et
rationaliser la planification et l’exécution des
projets ?
Nombreux
sont les pays de la Caraïbe qui ont adopté
l’immersion de récifs artificiels. Le développement
économique et régional de la zone côtière et plus
particulièrement la croissance de l’économie
touristique sont les principaux objectifs. La
Guadeloupe bénéficie depuis 1975 du Conservatoire du
littoral, véritable agence foncière, qui cherche à
acquérir les sites où l’écosystème est
particulièrement riche et fragile ; mais surtout, en
ce qui concerne l’urbanisation du littoral, depuis
la loi du 30 décembre 1996, les Agences des 50 pas
géométriques ont un rôle de coordination entre
l’Etat et les communes pour l’aménagement durable de
l’habitat des zones urbaines. Ces politiques sont
ambitieuses et très onéreuses. Quels organismes sont
alors chargés de l’installation des infrastructures,
de leur fonctionnement et de leur entretien ?
Comment garantir l’application des principes
énoncés dans les lois ? Quels sont les instruments
utilisés par les pays pour contrôler la bonne
application de ces principes ? Comment envisager les
politiques du développement du littoral et quels
moyens juridiques, économiques, fiscaux, sociaux et
culturels peuvent leur être consacrés ?

Cette
étude s’intéresse également au rôle des
organisations régionales et internationales. C’est
ainsi que l’UNESCO joue un rôle primordial dans le
suivi, l’organisation et les méthodes utilisées par
les petites îles de la Caraïbe pour la protection de
l’environnement et de la zone côtière, en cherchant
à créer les conditions d’un développement durable.
Comment informer et former la population,
particulièrement les jeunes, sur les causes de la
pollution ? A qui confier cette formation ? Comment
arriver à régler la question des constructions
illicites, des dépôts d’ordures et à décourager les
squatters ? Comment changer les comportements, les
mentalités, les modes de vie ?
S’agissant des conflits et des rivalités, les îles
dépendent économiquement de la zone côtière, Il leur
est impossible de laisser l’exploitation de la côte
à un seul acteur économique ou donner une priorité à
un secteur au détriment d’un autre. De là,
surgissent toujours des rivalités entre des
promoteurs voulant s’installer dans des secteurs
côtiers, les propriétaires des terres adjacentes,
les usagers et certains décideurs. Les intérêts
économiques divers et contradictoires étant
confrontés aux politiques d’aménagement des
territoires, un processus de gestion côtier est donc
essentiel, permettant la prévention de ces conflits,
leur médiation et leur résolution.
Les
conflits montrent le chemin restant à parcourir pour
parvenir à une gestion intégrée de la zone côtière
pour un développement durable.
Des
observatoires gouvernementaux et non gouvernementaux
surveillent l’application de la législation, avec
pour objectif de corriger la dérive d’une
urbanisation sauvage tout en assurant la protection
de l’environnement et du littoral. En Guadeloupe,
l’Etat donne des moyens nouveaux à l’Agence des 50
pas géométriques de la Guadeloupe et au
Conservatoire du littoral pour leur permettre de
mener à bien leurs missions de mise en valeur et de
protection des espaces.
Cette
étude traitera dans une première partie, de
l’histoire, des éléments économiques et
géographiques et des principes généraux du droit
applicable, relatifs aux 50 pas géométriques ou son
équivalent. Elle se penchera sur les instruments
juridiques et techniques mis en place ainsi que sur
leur action sur la conservation du littoral et le
développement de l’économie. Comment alors réussir
la gestion du littoral et la protection de
l’environnement ?
Si le
développement économique et régional repose sur le
tourisme, l’économie touristique a besoin, pour sa
croissance, d’une gestion économique et
environnementale intégrée. Les habitants des zones
urbaines ont besoin également de disposer des
infrastructures adéquates. Ces éléments seront
traités également dans la première partie de
l’étude.
La
gestion des zones côtières, grâce à l’existence de
la zone des 50 pas géométriques ou son équivalent,
est devenue une priorité économique qui se conçoit
sur le long terme. La gestion des conflits, une
réalité quotidienne depuis l’existence de la zone
des 50 pas géométriques, débouche sur des solutions
dont certaines sont difficiles à réaliser, et
nécessitent des moyens humains et financiers
importants, comme le montrent, la gestion du
littoral, la gestion des conflits et les études des
cas développés dans la deuxième partie de cette
étude.
Suite 1er et
Second Chapitre